Nouvelle – pluie glacée

pluie

PLUIE GLACEE

C’est par un après-midi particulièrement pluvieux que François se dirigeait vers son nouveau lieu de travail pour la première fois, afin d’être formé. Il avait réussi à trouver ce job d’été dans un fast-food récemment implanté à Aixe-sur-Vienne, la ville voisine de celle où il habitait. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que François allait entamé son premier jour de travail. Tous les autres jobs d’été qu’il avait eu avaient été des expériences particulièrement éprouvantes pour une personne comme lui, qui n’avait jamais été très manuel. En effet, à 22 ans, François avait toujours été premier de sa classe à l’école et excellait sans effort dans la théorie. En revanche, la pratique était une autre histoire. Il était en effet plutôt maladroit, peu débrouillard et pas très rapide. Cela lui avait valu d’être mal vu par l’ensemble de ses collègues, que ce soit dans la restauration, dans la boulangerie ou en grande surface. Pour la première fois, François allait travailler dans un fast-food, et il savait que cela demanderait de la vitesse d’exécution et de la débrouillardise. Qu’allaient dire ses collègues quand ils s’apercevront qu’il n’est pas très doué ? François angoissait à cause de cela.
C’est donc sous des cordes de pluie qu’il se gara, descendit de sa voiture et couru jusqu’à l’entrée de son nouveau lieu de travail. En entrant, il demanda à voir Déborah, la manager. Celle-ci arriva au bout de plusieurs minutes, le salua, et lui demanda de la suivre. Elle lui expliqua alors la plupart des choses qu’il avait besoin de savoir pour travailler (où était le stock de nourriture, comment faire les différents types de glace, comment couper des tomates, comment nettoyer le lobby, la partie du restaurant où les clients mangent, etc). François se dit qu’il serait difficile de retenir toutes ces informations sans se tromper et fit de son mieux pour retenir le plus de choses possibles. Il essaya au mieux d’être le moins maladroit possible lorsque Déborah – qui n’avait pas l’air de rigoler souvent – et ses collègues le regardaient faire. Les collègues, quant à eux, lui paraissaient plutôt sympathique. Il y avait Eléa, une jeune fille métisse au large sourire, très gentille, que François semblait faire rire souvent, Camille, une jeune blonde qui souriait moins mais qui avait l’air tout aussi gentille, Célia, une jolie brune, Lauriane, une fille qui ne souriait jamais mais qui n’avait pas l’air bien méchante, Marie, une jeune femme qui ne souriait jamais non plus et qui avait l’air plutôt sévère et du côté des garçons, François ne retint que le prénom de Paul, le frère d’une de ses amies d’enfance. François remarqua, au bout de quelques jours, qu’il ne s’était jamais aussi bien entendu avec l’équipe. A part Marie, qui était très exigente avec lui et qui semblait ne pas l’appréciait et Déborah qui se contentait de lui donner des ordres, tout le monde semblait apprécier le petit nouveau, si bien que cela paraissait bizarre à François. Pourquoi étaient-ils si aimables alors que, jusqu’à présent, François ne s’était jamais bien intégré dans un groupe ? Le jeune homme se posait ce genre de questions en travaillant. Chaque jour, il n’espérait qu’une chose, être au Service à Table (SAT). Il adorait apporter les plateaux aux clients et s’occuper de  la propreté du lobby. Son travail consistait à changer les poubelles, nettoyer les tables, passer la balayette sur le sol, rapporter les plateaux à la plonge, ramasser tout ce qui trainait, et enfin apporter les commandes. François trouvait cela bien plus simple que de préparer les commandes au comptoir à une vitesse folle. Heureusement, Déborah l’avait bien compris, et pratiquement chaque jour, François se retrouvait au SAT. C’était devenu une convention, si bien que ses collègues avaient prit l’habitude de l’appeler à chaque fois qu’une commande était prête. François lâchait alors son chiffon ou sa balayette se se précipitait pour apporter la commande aux clients.
Tout semblait se passer pour le mieux pour François, qui avait finalement trouvé son meilleur job d’été. Il y avait cependant deux détails qui le laissait perplexe. Le premier, c’était l’hatitude étrange de ses collègues, qui le regardaient parfois bizarrement, comme s’ils attendaient quelque chose de lui. La deuxième était le fait que, bien que nous étions en plein mois de Juillet, il pleuvait assez souvent depuis qu’il avait commençait à travailler. En fait, il pleuvait presque tous les jours où il travaillait et beaucoup moins lors de ses jours de congé (le jeudi et le vendredi). François, qui était un étudiant scientifique dans l’âme, n’expliquait pas ce phénomène et cru plutôt à une coïncidence. Le plus étrange était que l’eau de pluie était étonnamment froide et semblait sortir tout  droit de l’automne. Quant aux collègues, ils semblaient ne pas y faire attention.
C’est un mercredi soir que François assista à quelque chose auquel il n’aurait pas dû assister. Alors qu’il était minuit et qu’il allait débaucher, il entendit malgré lui un bout de conversation entre Eléa et Lauriane. Cette conversation l’intrigua.
- Tout est prêt ? demanda Lauriane à Eléa.
- Ne t’inquiète pas, Déborah à tout prévu. Le sacrifice se fera dans les temps.
- Je vais me préparer.
- Et François ?
- Déborah a dit la semaine prochaine.
Les deux filles, qui n’avaient pas remarqué la présence de François, disparurent dans la cuisine. François décida de les suivre discrètement. Il se cacha derrière le comptoir et observa. Lauriane et Eléa s’y prirent à deux pour bouger un réfrigérateur qui cachait une porte. Eléa sorti une clef de sa poche et ouvrit la porte. François sorti de sa cachette et essaya d’ouvrir la porte, le plus discrètement possible. Hélas, les filles avaient fermé derrière elles. François ne savait plus s’il devait rentrer chez lui ou essayer d’en savoir plus. Une voix dans sa tête lui soufflait de s’en aller pendant qu’il en était encore temps, mais sa curiosité le forçait à écouter à la porte. Pendant cinq minutes, il n’entendit rien. Au bout d’un moment, il entendit une mélodie venant probablement d’une sorte de tambour, puis une sorte d’instrument à vent qu’il n’identifia pas. Il entendit alors d’étranges paroles prodiguées dans une langue qui lui était inconnue, mais qui se firent entendre de plus en plus fort. C’est alors que résonna un effroyable cri qui ressemblait beaucoup à la voix de Marie, la collègue qui ne l’aimait pas. Puis, plus rien. Rien pendant 5 minutes. François sentit que quelqu’un s’approchait de la porte et allait l’ouvrir. Il se précipita hors du restaurant et alla se cacher dans sa voiture. Il se rendit compte que si les collègues voyaient sa voiture, ils saurait qu’il était resté. François démarra aussi vite qu’il le pu et quitta les lieux. Que venait-il d’entendre ? Lauriane et Eléa avait parlé de sacrifice…se pourrait-il que…? Non, ça ne pouvait pas être vrai. Pourtant, ce cri…Il avait peut-être rêvé toute cette histoire…et pourtant, non.

Les deux jours qui suivirent étaient les jours de congé de François, mais il ne pu s’empêcher d’aller au restaurant pour savoir comment allait Marie. Il ignora la pluie et entra dans le fast-food tout trempé. Lauriane lui dit que Marie était en congé, ce qui ne surprit guère François. Il prit un petit menu pour cacher ses véritables intentions qui étaient de vérifier si Marie était bien là. Il se força à manger bien qu’il n’ait pas faim, puis parti. Une fois chez lui, il entrepris de faire quelques recherches sur ses collègues…avant de se rendre compte qu’il ne connaissait aucun nom de famille. Il fit alors une recherche sur le restaurant en lui-même, et découvrit une information intéressante : avant la l’implantation de celui-ci, le bâtiment était un lieu de culte religieux dirigé par une secte appelée le Renouveau. François ne trouva que très peu d’informations sur cette secte, mais il semblait qu’elle vénérait une sorte de Diable et que, chaque mois, un rituel était organisé en l’honneur de cette entité. Malgré ses recherches approfondies, François n’en su pas plus.

Un deuxième jour passa et François ne cessait de cogiter. Une infime partie de lui refusait de croire en ce qu’il avait entendu mais il ne pouvait que se rendre à l’évidence : ses collègues avaient sacrifié Marie en l’honneur de leur Diable adoré. Et peut-être serait-il le prochain…François pensait démissionner, mais il décida d’en savoir plus. Le lendemain, il demanda donc à Déborah ce qu’il savait déjà :
- C’était quoi, ce bâtiment, avant ?
- Je ne sais pas, je ne suis arrivé qu’il y a 3 ans.
- J’ai entendu dire qu’il y avait une sorte de secte…
- Jamais entendu parler.
Après la conversation, François se rendit compte qu’il venait de faire une erreur grave.
« Quel idiot ! » s’exclama-t-il à voix basse pendant qu’il nettoyait une table. Maintenant qu’il avait parlé de la secte, ils allaient se rendre compte qu’il savait quelque chose. Il venait peut-être de signer son arrêt de mort… Déborah lui avait lancé un étrange regard lorsqu’il avait parlé de la secte. Elle ne sembla pas cependant en avoir parlé aux collègues car ceux-ci avaient toujours la même attitude vis-à-vis de lui. Une attitude trop sympathique, trop aimable.
François alla s’adresser à la fille dont il se sentait le plus proche, Eléa, et lui posa la question suivante :
- Marie est en congé, c’est ça ?
- C’est ce qu’on m’a dit, oui, depuis avant-hier.
- Quand reviendra-t-elle ?
- Ça je ne sais pas, il faut demander à Déborah.
Elle savait visiblement quelque chose, ça se voyait dans ses yeux. Après tout, c’était elle qui avait parlé avec Lauriane de cette histoire de sacrifice. François pensait qu’il était temps de démissioner avant d’être le prochain sur la liste. Il chercha Déborah du regard mais elle semblait introuvable. Il alla donc la trouver dans le bureau des managers.
- Que veux-tu ? demanda-t-elle.
- Je me demandais si je pouvais…arrêter là.
- Arrêter quoi ? répondit-elle avec agacement.
- Mon contrat. J’aimerais partir.
Déborah le regarda comme si elle venait de comprendre qu’il savait tout. François se dit qu’il venait de se faire griller en beauté.
« Et pourquoi ça ? » demanda Déborah.
François trouva rapidement un mensonge à dire.
- J’aimerais consacrer mon temps libre à la préparation de ma licence pour la rentrée.
- Vraiment ? Eh bien, si c’est ce que tu veux, nous mettrons fin à ton contrat dès aujourd’hui. Je suppose que tu ne vois pas d’inconvénient à finir la journée.
François y voyait effectivement un inconvénient, mais se tut. Il reprit le travail jusqu’à 19h, l’heure  de sa pause. Au moment de « dépointer » (c’est à dire de passer sa carte pour signaler que l’on va en pause), Déborah lui demanda de la rejoindre dans son bureau. François accepta avec appréhension. Cette appréhension était justifiée car dès lors qu’il entra dans le bureau, il senti une forte douleur derrière sa tête…puis, plus rien.
Ce fut le contact des goutelettes de pluie gelée qui réveilla François. Il se rendit vite compte, en essayant de bouger ses mains, qu’il était attaché à une chaine, à l’extérieur du restaurant. Il ouvrit les yeux et vit qu’il était sur le parking du fast-food. Il n’y avait plus aucune voiture et François en déduit qu’il était tard dans la nuit. Autour de lui, tous ses collègues étaient rassemblés, avec une vieille femme que François n’avait jamais vu et qui était habillée d’une robe de cérémonie rouge. Déborah portait la même robe, mais bleue et les autres collègues portaient une robe cérémoniale un peu différente qui était noire. Aux pieds de chacun, se trouvait un masque blanc avec seulement deux petits trous pour les yeux. Lorsque la vieille leva son unique bras (l’autre s’arrêtait au coude), tout le monde mit son masque sur le visage, excepté la vieille. Celle-ci s’avança vers François (car elle était en face de lui), et l’observa sans dire mot. Elle était d’une laideur épouvantable. Elle ouvrit la bouche, d’où sortit un liquide verdâtre, puis vomit une quantité astronomique de bile sur François qui hurla de dégoût et de douleur (le vomi était en effet très chaud). Tous les autres prononcèrent un mot incompréhensible pour François (du latin ?) et la vieille femme se recula. Déborah prit la parole :
« Il aura fallu que tu creuses jusqu’au bout. Nous ne voulions pas te sacrifier tout de suite, mais ton heure a sonné. Adieu. »
Tous les collègues prononcèrent, de manière répétée, une phrase dans cette même langue inconnue à François, puis la vieille dame sorti de sa robe une patte d’animal (une patte de poulet ?) et la brula avec une allumette. Tout en continuant de répéter leur phrase, tous les collègues ainsi que la vieille s’avancèrent vers François qui hurlait « Au secour ! ». La pluie se faisait de plus en plus torentielle et François avait l’impression qu’elle était de plus en plus froide. Chaque collègue sortit un couteau de leurs robes et la vieille sorti une hache. François eu le temps d’émettre un dernier souhait…que ça se termine au plus vite.

Cet article a été publié le Mercredi 30 août 2017 à 17 h 23 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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