Nouvelle – Nukekubis

Nukekubi
NUKEKUBIS

Enzo conduisait sa voiture avec le sentiment d’avoir fait du beau travail. Son coffre était plein, il ne restait plus qu’à jeter la marchandise. La radio passait la chanson « I want Love » d’Akira Yamaoka, et Enzo chantonnait l’air tout en conduisant avec prudence. Il ne lui restait que quelques bornes à faire pour arriver à destination – enfin. Il s’enfonçait de plus en plus dans la campagne, loin de la civilisation et des regards indiscrets. En effet, il était très important que personne ne le voit décharger sa voiture. Personne, absolument personne, ne devait savoir ce que contenait son coffre. Dans le cas contraire, il serait obligé de tuer la personne.
Quand il arriva enfin dans son coin secret, Enzo était mélancolique. Peut-être était-ce la chanson qui était passée à la radio qui lui faisait cet effet-là, peut-être commençait-il à développer un début de remors pour ses actes. qui sait…Il se gara près de la rivière, à une centaine de mètres de la maison abandonnée, et descendit de la voiture. Là, il ouvrit le coffre et sortit un premier corps de femme, emballé dans un sac de jute, comme tous les autres. Il se souvenait très bien du prenom de celle-là : Vanessa. Une belle salope, se dit-il. Comme toutes les autres. Oui, elles méritaient ce qu’Enzo leur avait fait. Il balança le corps de Vanessa dans la rivière et celui-ci coula à cause des cailloux qui étaient fourés dans le sac. Il s’attaqua alors à la deuxième, France. Enzo se souvenait très bien de France. Elle lui avait fait un strip-tease dans le club. Enzo l’avait ensuite éliminé discrètement dans les toilettes. Elle aussi finit dans la rivière, et ce fut la même chose pour les deux autres. Toutes les femmes qu’Enzo avait tué se trouvaient au fond de l’eau. C’était sa cachette secrète, et jusqu’à présent, personne ne semblait s’en douter. Il ne lui restait plus qu’à rentrer chez lui et à aller se coucher. Il faisait bientôt nuit.
Mais cette fois, Enzo ignorait qu’il ne rentrerait pas chez lui. Alors qu’il s’apprêtait à regagner sa voiture, il sursauta en apercevant une femme qui le regardait, sur le pallier de la maison abandonnée. C’était une femme plutôt jeune, habillée d’une robe blanche,  et aux cheveux noirs. Elle était trop loin d’Enzo pour que ce dernier puisse l’identifier mais il trouva qu’elle ressemblait beaucoup à France. Mais il y avait quelque chose d’étrange avec cette femme, Enzo n’arrivait pas à identifier ce que c’était. Quoiqu’il en soit, elle avait certainement vu ce qu’Enzo avait fait dans la rivière, et il ne devait pas laisser le moindre témoin en vie. Pas questions pour lui de finir ses jours en prison !
Enzo n’eut pas le temps d’attraper son canif que déjà, l’étrange femme ressemblant à France tourna les talons et entra dans la maison abandonnée. Enzo saisit donc son arme blanche et courru vers l’entrée de la maison. C’était une grande villa qui avait certainement appartenu à quelqu’une de riche, mais elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Les carreaux étaient brisés, des graffitis recouvraient les murs et tout était vieux et décrépit. Enzo pénétra dans la maison avec hésitation. Cette endroit filait la chair de poule, mais c’était avant tout cette témoin qu’il ne devait pas laisser filer.
L’intérieur de la maison ressemblait à l’extérieur : vieux, usé, dégradé, des tags partout. Certains tags étaient d’ailleurs très explicites : « Chambre des fous », « Le diable t’emportera », « Chaque histoire se termine par la mort », pouvait-on lire. Il commençait à faire très sombre, mais, fort heureusement, Enzo avait pensé à prendre sa lampe torche. Au moment de l’allumer, Enzo se rendit compte de ce qu’il y avait  de bizarre avec la femme qu’il avait apperçu : on voyait au travers. Elle était transparante. Enzo se dit immédiatement qu’il avait dû rêver, que ce genre de choses était impossible. Pourtant…
Enzo s’aventura discrètement dans la villa, évitant les toiles d’araignée et les cafards qui se baladaient par terre et sur les murs. Le faisceau de sa lampe de poche faisait danser la rampe de l’escalier qu’Enzo emprunta en se disant que cette mystérieuse femme avait dû monter à l’étage. Tout de même…elle ressemblait énormément à France.
Lorsqu’il atteint la premier étage, son rayon de lumière rencontra quelque chose qui alla aussitôt se cacher. Ce n’était pas un être humain, mais un animal volant (un oiseau ? Une chauve-souris ?). Enzo n’eut pas le temps de voir ce que c’était, mais il aurait juré que ça ressemblait à une tête humaine qui volait toute seule. Il se dit que son imagination lui jouait des tours et avança, toujours avec discrétion, le couteau dans une main, la lampe dans l’autre. Son rythme cardiaque commençait à s’accélerer, probablement à cause de l’aspect lugubre de l’endroit. C’est alors qu’une chose épouventable lui arriva : la lampe s’éteignit.
« Merde…les piles ! » dit Enzo à haute voix, oubliant sa discrétion.
Il faisait désormais entièrement nuit. Une nuit sans lune. Comme alertées par l’extinction de la lampe, des voix féminines se mirent à retentir dans la maison, autour d’Enzo. Des voix qui prononçaient des paroles incompréhensibles.
« Y’a quelqu’un ? » demanda Enzo.
Les voix cessèrent un instant puis recommencèrent. Enzo ne pouvait plus le cacher : il avait peur. Il fit demi-tour pour retrouver l’escalier et redescendre les marches afin de sortir de cette maison de fou, mais rien à faire : il s’était perdu dans la maison. Il n’avait aucune idée d’où il était venu ni d’où il allait. Il longea à l’aveuglette ce qui sembla être un couloir puis sa main tomba sur une porte, qu’il ouvrit. Au moment d’entrer dans la pièce, il sentit une étrange force le pousser vers l’intérieur, et quelque chose passa à côté de lui en volant. Il en était certain. La chose avait murmuré quelque chose dans une langue étrange. Finalement, il décida de ressortir de la pièce. Ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité et il distinguait maintenant à peu près le décor qui l’entourait. Il s’avança jusqu’à la porte au bout du couloir, mais celle-ci était fermée. Il fit demi-tour et c’est alors qu’il la vit pour de bon. Une tête de femme – celle de Vanessa ? Elle y ressemblait, mais il faisait trop sombre pour en être certain – flottait dans l’air devant lui, à l’autre bout du couloir. Elle avait de longs cheveux noirs et ses yeux jaunes brillaient dans les ténèbres. Enzo se retrouva sans voix. Ce qu’il avait sous les yeux étaient impossible. Ce genre de choses n’existait pas. Pourtant, il ne rêvait pas. La tête de Vanessa flottait toute seule devant lui. Soudain, elle fonça sur lui en exibant de longues dents pointues, toutes blanches. Enzo cria et se baissa pour éviter la morsure de la tête fantomatique. Celle-ci le rata de peu et passa à travers la porte fermée. Enzo hurla de terreur. Son esprit était confus, mais il se souvint avoir lu un article sur une légende à propos de fantômes de femme qui se manifestaient sous la forme de têtes seules et qui suçaient le sang de leurs victimes. Il lui sembla que ça s’appelaiot des Nukekubis. Enzo avait alors prit cela pour des foutaises, mais ce qui l’avait attaqué était bien réel. Et ces voix qui retentissaient…ces voix. Elles semblaient de plus en plus proches. Elles semblaient encercler Enzo. Pris dans un excès de panique, Enzo oublia totalement la raison de sa venue dans la villa et courru à l’aveuglette jusqu’à se cogner contre un mur. A ce moment-là, les murmures se transformèrent en rire. En levant la tête, Enzo apperçu quatre têtes flottantes, qui avaient chacune les traits d’une des victimes qu’il avait plongée dans la rivière. Enzo poussa un cri hystérique. Les quatre têtes fondirent sur lui et Enzo les évita de peu. Il retrouva enfin l’escalier et le descendit aussi vite qu’il le pu. C’est une fois arrivé à la dernière marche que le sol sous ses pieds s’effondra et qu’il fit une chute le menant tout droit à l’étage en dessous.
Lorsqu’Enzo se réveilla, il cru pendant un instant avoir rêvé toute cette histoire. Une partie de lui s’attarda à l’espoir que ces créatures fantomatiques n’avaient été que le fruit de son imagination. Cependant, la douleur à sa jambe droite lui rappela qu’il était toujours dans la villa abandonné où il s’était fait attaquer par les têtes flottantes. Il mit quelques minutes à réalisé ce qui s’était passé : le sol s’était effondré sous son pied et le voilà à présent dans la cave de la villa. Il s’était probablement brisé la jambe en tombant. Il vit une petite chauve-souris et distingua, malgré l’obscurité, d’étranges boîtes de conserve qui semblaient contenir des têtes de femme. Ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes qu’il s’aperçut que des choses étaient en mouvement sur le plafond de la cave. Enzo plissa les yeux et se rendit compte qu’ils s’agissaient de gigantesques blattes de plus de 50 cm de longs. Leur corps étaient immobiles, seules leurs anteines bougeaient dans tous les sens. Mais le plus incroyable avec ces cafards géants, c’était qu’ils avaient le visage des victimes d’Enzo. Il reconnu Vanessa, France, et les autres. Elles semblaient se parler entre elles, toujours dans la même langue incompréhensible. Au delà de la panique, sous l’emprise de la peur, Enzo éclata de rire.
Depuis, plusieurs personnes disent avoir apperçu les Nukekubis d’Enzo dans la villa abandonnée.

Cet article a été publié le Mercredi 30 août 2017 à 17 h 25 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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