Nouvelle – Mère de larmes

mère

Mère de larmes
1
Harry se sentait d’une humeur mélancolique, ce soir. Cela faisait déjà trois heures – d’après sa montre – qu’il avait fugué de chez sa mère pour se ballader au bord de la mer et il n’éprouvait toujours pas le moindre regret. Il faut dire que sa mère lui en avait fait voir des vertes et des pas mûres. Pendant des années, elle n’avait cessé de lui mentir sur tellement de choses, de le faire voler des choses au supermarché du coin, de la gater inlassablement comme pour acheter son amour et bien d’autres choses dont Harry ne garde que de vagues souvenirs, qui pourrissent au fil du temps. Ce soir-là, ce fut la fois de trop. Harry était tombé par inadvertance sur des photos assez particulières en consultant l’ordinateur de sa mère. Des photos d’elle. Nue. En plein ébat amoureux. Harry n’aurait jamais imaginé que le fait de voir sa mère faire l’amour provoque chez lui un tel sentiment de dégoût, mêlé à une rage profonde. Cette fois, c’en était trop. La dernière fois qu’Harry avait voulu fuguer, c’était après avoir vu une photo de sa soeur de quatre ans nue avec les mots « Un rendez-vous pour l’amour » écrit au dessus d’elle, sur le blog de sa mère. Comment une femme pouvait-elle faire ça à son enfant ? Harry se le demandait encore.
Alors qu’il se promenait, seul, devant l’immensité de l’eau, Harry songeait à ce qu’était finalement une mère. Une vraie mère. Pouvait-on tout lui pardonner sous prétexte qu’elle nous avait porté et mis au monde ? Harry commençait à en douter. Pour lui, il était clair que la femme qui lui avait donné la vie n’était pas sa mère. Pour lui, il n’avait pas de mère.
Harry s’arrêta de marcher et contempla la mer. Il mourrait d’envie de sauter dedans et de s’abandonner aux plaisirs de la baignade. Cependant, il se voyait mal rentrer avec ses vêtements tous trempés. De plus, elle devait être froide à cette heure-ci.
« Tu lui en veux, n’est-ce pas ? »
Cette voix…Harry l’avait déjà entendu quelque part, mais impossible de se souvenir où. Il se retourna, et vit un grand homme habillé d’un long manteau noir et d’une capuche lui cachant le visage – même si on aurait pu le distinguer s’il ne faisait pas si sombre.
- C’est à moi que vous parlez, monsieur ? demanda Harry.
- C’est à toi que je parle. C’est ton père qui m’envoit.
Harry n’avait pas eu de nouvelle de son père depuis qu’il avait 7 ans, lorsqu’il était partit.
- Mon père ? Comment ça ?
- Peu importe. Je suis là pour t’offrir la possibilité de te venger de celle qui est responsable de tous tes tracas.
- Je ne comprend rien à ce que vous me racontez.
- C’est pas grave. Tu n’as pas besoin de comprendre. Tu as juste besoin de lire ces mots à haute voix.
L’homme au manteau tandis à Harry un petit papier rouge. Harry le saisit et, malgré l’obscurité, parvint à lire ce qu’il y avait d’écrit.
- C’est du charabia, non ?
- Si on veut.
- Et qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ?
- Je veux que tu rentres chez toi et que tu prononces ces mots à haute voix devant ta mère. Tu comprendras à ce moment-là.
C’est alors que l’homme au manteau tourna les talons et s’éloigna d’Harry. Harry le vit s’éloigner puis…il avait comme disparu. Harry se dit que c’était l’obscurité qui donnait cette impression, que les gens ne pouvaient pas disparaitre comme par magie, mais cette façon de s’en aller le laissa perplexe. Il hésita à jeter le papier dans l’eau. Après tout, ce ne devait être que de belles foutaises, prodigué par un malade mental. Pourtant, comment expliquer qu’il savait qu’Harry en voulait à sa mère ? Connaissait-il cet homme ? C’est ton père qui m’envoit.
Harry décida finalement de ranger le papier rouge dans sa poche et de rentrer chez lui. Il ne croyait pas aux sornettes prodiguées par l’homme au manteau, mais une partie de lui avait envie de savoir…de vérifier.

2
La mère d’Harry était endormie lorsque ce dernier rentra dans la maison (Harry se dit que sa fugue ne l’avait donc pas inquiété plus que ça). Sa soeur aussi, visiblement. Harry avait avait envie d’en faire autant, mais une autre envie se cachait en lui. Il fallait qu’il essaye. Il fallait qu’il sache. Il fallait qu’il lise les mots à haute voix. Que risquait-il ? Il y avait 99% de chances que rien ne se passe…mais qui sait…peut-être la magie existait-t-elle, après tout. Il n’y avait rien à perdre. Après quelques secondes d’hésitation, il entra dans discrètement dans la chambre de sa mère, sans la réveiller. Il sortit le papier rouge de sa poche, et il lu à haute voix :
« Mori cupio est »
Comme Harry s’y attendait, rien ne se passa. Sa mère dormait toujours d’un sommeil profond, au point que les trois mots prononcés à voix haute ne l’avaient pas réveillée. Le jeune homme quitta la chambre et jeta le papier rouge à la poubelle. Il regarda la télévision pendant une petite heure – ils rediffusaient des sketchs des Inconnus – puis alla se coucher.
Il mit plusieurs heures avant de s’endormir. Sa nuit fut hantée de plusieurs cauchemars durant lesquels il vit une énorme bête féline roder dans sa maison, prête à bondir sur tout ce qui bougeait. Plus gros qu’un tigre, plus svelte qu’un guépard. Une créature d’outre-tombe.
Le lendemain, Harry ne réveilla pas avant 13 heures. Le souvenir de ses rêves monstrueux était flou mais il visualisait pourtant très bien le fauve. Il sortit de son lit, alla dans la cuisine et fut surpris de constater que sa mère n’avait pas fait à manger. Il ne trouva que sa petite soeur de 5 ans, qui lui demanda où était leur maman. Harry alla toquer à la porte de la chambre de sa mère, mais personne ne répondit. Il ouvrit alors la porte.
Harry mit quelques secondes avant de réaliser ce qu’il avait sous les yeux. C’était tellement improbable, impossible, que son esprit ne parvenait pas à savoir s’il rêvait encore ou non. Pourtant, ce qu’il avait devant lui était tout ce qu’il y a de plus réel. Le cadavre ensanglanté de sa mère était allongé en étoile de mère sur le lit, le ventre déchiqueté par une large griffure. Le sang recouvrait les draps, le sol, les murs – c’est incroyable tout ce que le corps humain peut contenir comme sang. Sur les murs également, et même au plafond, se trouvaient des traces de griffure gigantesque. Harry pensa au fauve qu’il avait vu dans ses rêves, mais d’après les traces, la créature devait être au moins aussi grosse d’un ours.
La petite soeur d’Harry se tenait derrière lui.
« Harry, pourquoi t’as tué maman ? »

Cet article a été publié le Mercredi 30 août 2017 à 17 h 20 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

2 commentaires à “Nouvelle – Mère de larmes”

  1. Henri Fontaine dit :

    L’ombre de la vengeance du père utilisant le « petit soldat » traîne derrière une vengeance personnelle. Un procédé tortueux qui s’apparente aux sectes. Le conflit de loyauté dont vous devez être victime. L’esprit revanchard qui se sert de son enfant pour régler ses comptes. Conflit totalement enlisé. Plus l’enfant grandit, plus il va mal. C’est tout le ressenti qu’il en ressort ce votre récit. Pour information consultez le lien suivant très intéressant : https://www.bing.com/videos/search?q=+alienation+parentale&&view=detail&mid=1CB7787D57506CE295A71CB7787D57506CE295A7&rvsmid=3960EAC0EC0A317740FE3960EAC0EC0A317740FE&FORM=VDRVRV

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