Nouvelle – Les choses de la cave

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LES CHOSES DE LA CAVE

Alfonse se disait ce soir-là qu’il avait fini par s’habituer à la solitude. Depuis la mort de sa femme et de son fils de 10 ans, il s’était abstenu de garder tout contact avec le monde extérieur, y compris ses voisins à qui il refusait de parler. Pourquoi vouloir créer des liens si c’est pour souffrir ? On est plus heureux tout seul, telle était sa philosophie. Ce soir, il venait de terminer une maquette de squelette de dinosaure – les maquettes étaient son passe-temps depuis qu’il était seul. Il en était plutôt fier. Il alla ensuite se servir un verre d’eau. Il ne buvait pratiquement plus que des verres d’eau depuis qu’il était seul à occuper la maison. La mort de ses proches avait au moins eu le mérite de lui faire arrêter l’alcool. La sonnette de sa porte d’entrée retentit. Alfonse détestait quand cela arrivait…Ne pouvait-on pas le laisser tranquille ? Il regarda par le judas. C’étaient ces satanés voisins. Que voulaient-ils encore ? Alfonse envisagea d’abord de feindre son absence, mais il se dit que les voisins l’avaient probablement entendu s’approcher de la porte. De plus, il était légèrement curieux de savoir ce qu’ils voulaient. Il ouvrit. C’était un couple. L’homme, Martin, avait la trentaine et était plutôt beau gosse. Sa femme, Marie, devait avoir 25 ans et était également séduisante. Alfonse jalousait leur jeunesse et leur beauté.
- Bonjour monsieur Beaudard dit Martin.
- C’est pour quoi ? demanda froidement Alfonse.
C’est Marie qui répondit :
- Alors voilà, nous savons que vous venez de traverser une épreuve difficile, et nous aimerions vous aider d’une manière ou d’une autre. Alors voilà ce que nous pro…
- Je n’ai pas besoin d’aide ! rétorqua Alfonse en claquant la porte.
Il observa le couple s’éloigner par le judas. C’était un monde tout de même, il leur avait déjà dit la semaine précédente qu’ils préféraient être seul.
La nuit tombait. Alfonse regarda la télévision pendant une petite heure et parti se coucher. Il vivait dans une grande maison en pleine campagne. Cela lui convenait parfaitement. Il ne pouvait pas rêver un meilleur isolement. Le seul nuage était ces voisins pénibles qui ne pouvaient pas s’occuper de leurs affaires.
Alors qu’il s’apprêtait à s’endormir, Alfonse entendit une vibration sur sa table de chevet. C’était son téléphone portable. Qui pouvait bien lui envoyer un sms à minuit ? Il saisit l’objet et plissa les yeux pour déchiffrer le message qu’il venait de recevoir. Il parvint à lire « Je t’attends dans la cave. ». Alfonse mit quelques secondes avant de réaliser que la personne qui lui avait envoyé ce message était…sa femme décédée. Il regarda longuement le nom inscrit au dessus du sms, c’était bien celui de Sonia. Alfonce fronça les sourcils et reposa le téléphone, se disant qu’il s’agissait d’une blague de la part de quelqu’un assez doué pour pirater les téléphones. Cela ne pouvait être que ça…quoi d’autre ?
Il entreprit de s’endormir, mais environ un quart d’heure plus tard, le téléphone vibra à nouveau. « Je t’attends dans la cave. ». L’expéditeur était cette fois-ci son fils. Alfonse s’avoua à lui-même qu’il ne comprenait pas tout ce qui était en train de se passer. Il se leva et, sans trop savoir ce qui le poussait à le faire, alla se munir d’une lampe de poche et ouvrit la porte de la cave. Il descendit lentement les escaliers, éclairé par le faible rayon de sa lampe, puis le promena autour de lui afin d’essayer de distinguer quelque chose. Il n’y avait que de vieilles affaires mal rangées, reposant sur une épaisse couche de poussière au milieu de toiles d’araignées. Rien de plus.
Alfonse entreprit de remonter dans la salle à manger lorsqu’il cru voir une ombre passer à toute vitesse devant le faisceau de sa lumière, devant le berceau qui avait été celui de son fils et qui moisissait maintenant dans la cave. Il se dit immédiatement que son imagination lui jouait des tours et, préférant ne pas en savoir plus, il remonta les escaliers. Sur la dernière marche avant d’atteindre la salle à manger, se trouvait un lapin en peluche. Afonse reconnu immédiatement celui de son fils quand il était petit. Il était persuadé que cette peluche n’était pas là quand il était descendu dans la cave, quelques minutes avant. Alors, que faisait-il ici ? Le mystère restait entier. Il prit la peluche sous son bras, sortit de la cave et s’assura de bien en fermer la porte. Il decida d’aller se servir un verre d’alcool. Il savait que ce n’était pas une bonne idée, mais il avait besoin de se détendre après ce qu’il venait de vivre. Ce qui venait de se passer était tout simplement impossible, et il le savait. Il n’avait pas pu voir cette ombre qui ressemblait à la silhouette de sa femme, ni cette peluche qui était celle de son fils. Pourtant, elle était bien dans sa main.
Alfonse se servit un verre de rhum qu’il mélangea avec du sucre et un morceau de citron et le bu rapidement. Il alla alors à nouveau se coucher mais entreprit de vérifier son portable avant. Pas de message. Il s’en retrouva soulagé, mais impossible de faire taire cette angoisse qui naissait en lui. Impossible, donc, de s’endormir. Au bout d’une heure, il entendit quelqu’un toquer à une porte. Qui cela pouvait-il être à une heure pareille ? Il se leva, et se dirigea vers la porte d’entrée lorsque les coups retentir à nouveau et Alfonse se rendit compte qu’ils ne venaient pas de la porte d’entrée mais de la porte de la cave. Il resta pétrifié lorsque les toquements se firent à nouveau entendre, plus fort. Il ouvrit la porte de la cave, et descendit à nouveau les escaliers. Rien. Si…le berceau semblait avoir légèrement changé de place, comme si quelqu’un l’avait bougé. C’est alors que pendant un instant très bref – pas plus d’une seconde – Alfonse cru voir sa femme en robe blanche, en train de bercer un bébé dans le berceau. Elle avait les yeux entièrement noirs et sa peau était aussi pâle que celle d’un vampire. Alfonse n’eut pas le temps de distinguer ce qu’il y avait dans le berceau, tant l’hallucination – car ça ne pouvait être que ça – fut brève. Il remonta les marches de la cave en courant et ferma la porte à clef. Il commença tout juste à réaliser qu’il avait peut-être vu des fantômes, ou alors, peut-être devenait-il fou. L’un ou l’autre.
Il retourna dans sa chambre pour regarder son portable. Deux messages. Le même message de la part de sa femme et de son fils : « Nous t’attendons. » Alfonse se demanda un instant s’il ne devait pas appeler la police, mais s’y résigna aussitôt. Que pouvait-il leur dire ? Que sa famille décédée lui envoyait des messages et l’attendait dans sa cave ? Lorsqu’il retourna dans sa cuisine pour se servir un autre verre, il passa devant la photo de famille et se rendit compte que quelque chose avait changé. Lui était intact mais sa femme et son fils ressemblaient désormais à des cadavres en putréfaction, avec les yeux entièrement noirs. Alfonse cacha la photo et tenta de reprendre ses esprits. On toqua de nouveau à la porte de la cave, mais Alfonse n’ouvrit pas. C’est alors que la voix de sa femme retentit dans l’air. « Ouvre la porte », murmurait-elle. « Oui, papa, ouvre la porte de la cave. » fit ensuite la petite voix aigue de son fils.
« Laissez-moi tranquille ! » criait Alfonse. « Je ne veux pas ! ». Les voix étaient en train de l’appeler « Alfonse…Papa…Alfonse… »
C’est alors qu’Alfonse distingua la silhouette de sa femme et de son fils à travers la porte de la cave. Il aurait reconnu ces silhouettes entre mille. Elles se tenaient par la main. Les voix se faisaient toujours entendre. Quant à la photo de famille, elle s’était remise droite toute seule et la femme et le fils d’Alfonse ressemblait toujours à des cadavres vivants. Cette fois-ci, cependant, la photo semblait saigner. Du sang en coulait abondamment et se répendait sur le meuble sur lequelle elle était posée.
En proix au désarroi et à la terreur, Alfonse finit par ouvrir la porte de la cave. En haut des marches, se trouvaient Valérie, la femme d’Alfonse et Anthony, son fils. Tous deux ressemblaient à des cadavres vivants, dévorés par des vers qui avaient formé une colonie dans leurs orbites et qui tombaient de leurs bouches. Alfonse distingua également quelques cafards courant sur leurs corps.
« Tu as assez souffert comme ça, Alfonse, il est temps de nous rejoindre. »

EPILOGUE
Le lendemain, les voisins Marie et Martin toquèrent à la porte d’entrée d’Alfonse mais celui-ci ne répondit pas. Personne ne répondit. Il n’y avait plus personne dans la maison. Il y avait cependant une photo de famille. Elle représentait trois cadavres le sourire aux lèvres.

Cet article a été publié le Mercredi 30 août 2017 à 17 h 21 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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