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Evan (partie 1 et 2)

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Evan

Partie 1 : L’enfant de la nuit

  Je crois que je me souviendrai toujours de cet instant précis où j’ai soufflé sur les 14 bougies. Oui, car quelque chose s’est produit dans mon esprit à ce moment-là. Quelque chose que je n’avais jamais ressenti auparavant. C’est le moment où j’ai réalisé que j’entrais dans la cours des grands. Plus personne ne pourrait m’appeler un enfant, désormais, j’étais officiellement un adolescent.

  Mais commençons par le commencement. Je m’appelle Evan et je suis fis unique vivant avec mes parents, dans une grande maison au milieu de la campagne, assez isolée du reste du village. J’y suis d’ailleurs souvent seul. Mon père, professeur d’Education Physique dans un lycée en ville, passe très peu de temps à la maison et préfère profiter de son temps libre pour faire du sport, seul ou avec ses amis. Mon absence d’intérêt pour tout type de sport le désole depuis plusieurs années, et je crois qu’il a abandonné tout espoir de partager quoique ce soit avec moi. Quant à ma mère, elle s’attèle en permanence à son rôle de femme au foyer, et je ne crois pas me souvenir de la dernière fois où elle et moi avons réellement passé du temps ensembles. A dire vrai, je n’ai pas l’impression que mes deux parents me connaissent réellement. Ils vivent leur vie et me laissent vivre la mienne. Je me demande d’ailleurs s’ils se doutent de mes centres d’intérêt.

  Ceux-ci ont toujours été tournés vers le bizarre. J’ai en effet toujours aimé – du moins, depuis que j’ai l’âge d’aimer quelque chose, c’est-à-dire depuis mes 8 ans – passer du temps dans des endroits sombres, où je peux jouer librement à me faire peur. Quand j’avais 12 ans, par exemple, j’aimais beaucoup explorer notre grenier, où étaient rangés de vieux objets ayant appartenus à mes parents, voire à mes grands-parents, et qui moisissent encore entre les toiles d’araignée. Très vite, ces endroits glauques, caves ou maisons abandonnés, devinrent l’objet d’une véritable fascination pour moi. Je les visitais bien souvent seul, parfois avec un ami que j’entraînais avec moi après de lourdes insistances, et je m’amusais à y découvrir d’étranges insectes, ou de nouveaux objets inconnus du petit garçon que j’étais. Une simple photo de famille couverte de poussière réveillait systématiquement chez moi un enthousiasme fou et il n’était pas rare que je ramenais quelques souvenirs de mes excursions – en me gardant bien de les montrer à mes parents. Comment pourraient-ils cautionner un passe-temps si déviant ?

  Comme je l’ai dit plus haut, ces divertissements étaient bien souvent solitaires. Absolument aucun autre enfant ne partageait mon enthousiasme pour ces sinistres défis que je me lançais régulièrement. Pour une raison obscure, j’étais le seul à apprécier de me faire peur et à constamment chercher les frissons dans ces lieux malfamés. Naturellement, je devins bien vite le garçon étrange à éviter aux yeux de la communauté des enfants, et peu nombreux furent les enfants qui continuaient à côtoyer le « détraqué », comme l’on me surnommait.

  Ma passion – tout comme mes habitudes – évolua lorsque, pour mes 13 ans, je reçu un ordinateur de la part de mes grands-parents. La découverte de la toile changea ma vie et orienta mon intérêt vers les sciences occultes et le paranormal. Très vite, mon quotidien consista à passer l’ensemble de mon temps libres à consulter les nombreux sites qui traitaient de lieux hantés, de phénomènes inexpliqués et effrayants, de photos crypto-zoologiques et de vidéos de fantômes. Alors que, jusqu’à cette acquisition, j’avais toujours été un bon élève à l’école, mes notes dégringolèrent rapidement puisqu’à peine rentré de l’école, je me postais devant mon ordinateur pour approfondir mes connaissance dans le surnaturel, seul domaine qui m’intéressait désormais. Le sport faisait encore moins partie de mon quotidien, au grand regret de mon père – même s’il ne semble pas réellement attristé ; seulement lassé – et le fait de ne pas côtoyer d’autres enfants n’étaient plus un problème. Je voyais de moins en moins de personnes « réelles » mais qu’importe, mon ordinateur était là et il répondait amplement à mes attentes. Quant à ma mère, je n’ai pas le sentiment qu’elle ait remarqué le moindre changement dans mes habitudes.

  Mais avoir enfin 14 ans me fit réfléchir. Quelque chose clochait visiblement dans ma vie. J’avais la désagréable impression de la gâcher. De la laisser se consumer et de passer à côté de l’essentiel : la découverte. Passer son temps libre devant un écran d’ordinateur n’était pas sain. Cela avait quelque chose de terriblement passif et théorique, et j’étais manifestement en train de m’en lasser. Ce jour-là, je pris rapidement conscience d’un énorme manque dans ma vie ; un affreux vide qu’il me fallait rapidement combler maintenant que je devenais adolescent.

  Car c’était vrai ! Je n’étais indiscutablement plus un enfant et quelque chose en moi demandait à s’exprimer. Quelque chose de nouveau avait germé et hurlait pour qu’on le nourrisse. De cette étrange et plus que désagréable sensation, je conclus qu’il me fallait remettre le nez dehors et, si possible, reprendre mes excursions nocturnes. Mais cette fois, j’avais besoin de passer à la vitesse supérieure. Il me fallait un truc de grand ! Un truc plus osé, plus interdit. L’idée d’un cimetière me traversa alors l’esprit.

  Oui, c’était cela ! Le prochain lieu dont j’irai percer les secrets est le cimetière du coi…

« Evan ! Tu rêvasses ? »

Ma mère repassait un T-shirt dans le salon et me surpris dans mes rêveries.

-          Non maman, enfin, si…Je me disais le temps passait vite.

-         Ah, c’est parce que tu es un grand garçon, maintenant. Tout va aller très vite à partir du maintenant, tu verras…

Tout va aller très vite.

  Je terminai ma part de gâteau et plaça mon assiette dans le lave-vaisselle. Au même moment, je réalisais tristement que cette année, j’avais pratiquement fêté mon anniversaire tout seul : papa avait cours et maman était restée avec moi une dizaine de minutes avant de repartir s’occuper de son linge, me laissant terminer mon gâteau – un rouge velours – dans la cuisine.

  Je passai devant maman pour rejoindre ma chambre, mais elle ne leva pas les yeux jusqu’à ce que je lui demande :

« Maman, tu crois qu’il faut respecter les morts ? »

Ma mère leva brusquement la tête et me regarda d’un air choqué comme si je venais de lui raconter l’intrigue d’un film pornographique. Comme elle ne répondait pas, je m’expliquai :

-         C’est que, je me demandais s’il y avait quelque chose après la mort…

-         Eh bien quand tu seras mort, tu le sauras rétorqua-t-elle en reprenant son repassage.

  Je me contentai de cette réponse et montai dans ma chambre. Je m’allongeai alors sur mon lit et commençai à visualiser sous différents angles le plan qui commençait tout juste à germer dans mon esprit.

  Explorer un cimetière…Ce devait être une expérience terrifiante ! Et depuis combien de temps n’avais-je pas eu peur ? Les vidéos sur internet valaient ce qu’elles valaient, et j’avais passé l’âge de jouer dans la cave – à supposer qu’il y avait vraiment un âge pour cela. D’un autre côté, me dis-je, peut-être que je jouais là avec quelque chose de trop mystique, de trop imposant. Peut-être n’était-ce pas la meilleure façon de gagner en maturité.

  J’avais beau tourner l’idée dans tous les sens, je ne parvenais pas à y trouver une conclusion. Prendre des décisions faisait partie des choses où j’étais loin d’être le plus doué.

Tout va aller très vite.

Je jetai un œil par la fenêtre. Le soleil rougissait à l’approche du crépuscule, et les champs et arbres verdoyants se tintaient d’une lueur orangée de plus en plus intense. D’ores et déjà, l’atmosphère annonçait l’arrivée de l’obscurité d’une nuit sans lune. Sans attendre, je saisi mon téléphone et appela un de mes seuls véritables amis.

-         Salut Adrien, dis-je après avoir entendu son « allô ? » ?

-         Tu vas bien ?

-         Je ne suis pas trop sûr pour l’instant. En fait, je crois qu’on devrait se voir demain aprèm si tu veux bien.

-         Demain aprèm ça va être un peu chaud, je vais à un enterrement…ou alors en fin d’aprèm, si tu veux.

-         Ça me va. A demain. 17h30.

-         Ouais.

Nous raccrochâmes et je cherchai un autre numéro dans mon répertoire. Celui d’Isis.

-         Oui Evan ?

-         Isis, salut. Dis-moi, tu fais quoi à 17h30 demain ?

-         Euh, rien de particulier pourquoi ?

-         Retrouve-moi avec Adrien devant chez moi, je te pris. Il faut que je vous parle.

-         D’accord…mais euh, Evan, ça va ?

-         Pourquoi ça n’irait pas ?

-         Je sais pas…t’as l’air un peu bizarre.

-         Tu sais bien que je l’ai toujours été.

-         C’est vrai, mais…

-         Allez, à demain !

-         A demain.

   Je raccrochai le premier. Je me sentais légèrement frustré de ne pas avoir réussi à dissimuler mon enthousiasme morbide dans ma voix.

  Une nuit sans lune s’installa et, après un repas relativement silencieux avec mes parents, je parti me coucher. S’endormir n’était bien sûr pas une mince affaire, tant mon idée me parcourait l’esprit avec insistance. Tantôt je la rejetais, décrétant que ce n’était que pure fantaisie, tantôt je désirais me laisser tenter…hésitant même à sortir en douce et à me rendre au cimetière du coin dès cette nuit. C’était un grand cimetière, pour une petite ville campagnarde comme la nôtre – à croire que le taux de mortalité était plus élevé que dans les autres villes – et il était situé à l’autre bout de la ville. Le patelin avait beau ne pas être bien grand, il me fallait mon vélo pour m’y rendre, et donc passer par la cave…ce qui risquait de réveiller mes parents. L’entreprise était risquée mais plausible. Je me persuadai néanmoins d’attendre de proposer à mes amis de m’accompagner. Peut-être serait-ce plus facile à plusieurs – et forcément plus amusant.

Sur ces pensées malicieuses, je m’endormis.

  Le lendemain fut une nouvelle belle journée. L’après-midi se déroula lentement sous une chaleur étouffante – mais agréable en ce qui me concerne – et je retrouvai rapidement Isis qui m’attendait devant notre portail. A cette période, les vacances d’été venaient de commencer et j’avais eu la chance inouï qu’Isis et Adrien, mes seuls véritables amis dans les coins, soient resté chez eux durant le mois de Juillet. En ce qui concerne mes parents et moi, nous ne partions jamais en vacances. Ce n’était pas du goût de mes parents.

  Je saluai poliment mon amie et nous commençâmes à parler en discutant sur le bord de la route.

-         Tu veux faire quoi ?

-         Attend, rien n’est décidée, pour le moment, c’est juste une idée comme ça.

-         Mais ça te fait pas peur ?

-         Un peu, si…c’est pour ça que j’ai envie de le faire.

-         Mais Evan, si quelqu’un te voit ? Si y’a un gardien avec un chien ou une arme qui te surveille le cimetière la nuit ?

-         Je sais de source sure qu’il n’y a personne.

Je n’en savais rien.

J’apercevais Adrien au bout de la route, marchant vers nous. Isis, quant à elle, gardait ses yeux gravement braqués sur moi.

-         Et même, si ça se trouve, ils ferment à clef la nuit.

-         On peut toujours escalader…

-         En tout cas, compte pas sur moi pour t’accompagner, si c’est que tu veux me prop…

-         Ah, c’est un peu dommage ce que tu me dis-là, parce que justement…

 

« Oulà, discussion sérieuse, là… »

Adrien était arrivé à notre hauteur. Isis lui répondit la première.

-         Evan veut qu’on l’accompagne cette nuit pour entrer par effraction dans un cimetière.

-         Cool !

L’enthousiasme d’Adrien me rassura.

-         …mais moi ça me dit rien, reprit Isis.

-         Attend, je n’ai jamais dit forcément cette nuit…ça peut être dans deux jours par exemple, précisai-je.

-         Et on ferait ça comment ? voulu savoir Adrien.

-         En gros, tel que je l’ai imaginé, on ferait tous le mur et on se retrouverait au cimetière à minuit.

Adrien me lança un regard complice me confirmant que l’idée lui plaisait.

-         Vous faites ce que vous voulez, rajouta Isis, mais moi j’ai peur que vous vous fassiez prendre.

-         T’inquiète, j’fais ça depuis que je sais marcher, dis-je avec une fierté exagérée.

-         Ouais, on va tenter de pas se faire chopper, dit Adrien.

  Nous bavardâmes encore quelques temps pendant que le soleil se rapprochait de son nadir et Adrien et moi raccompagnâmes Isis chez elle. Puis, je raccompagnai Adrien. L’idée qu’il acceptait de me suivre dans cette aventure m’enchantait et je me fis donc un plaisir de lui serrer la main en lui disant « à demain soir » avec un clin d’œil.

  En rentrant chez moi, je fis un détour pour passer devant le cimetière. Il était encerclé d’un vieux mur de pierre gris plus haut que moi, mais que nous pouvions facilement escalader.  Cela allait être d’autant plus facile que nous serons deux. Le bout en croix des tombes les plus hautes était visible malgré le mur de pierre et cette difficulté à en voir davantage emplissait le lieu d’un mystère des plus excitants. Surtout à l’approche de la nuit.

  Contenant mon envie d’en savoir plus pour la garder pour plus tard, je passai mon chemin et rentra chez moi. Je constatai alors que mes parents avaient déjà mangé et regardaient à présent la télé. Je mangeai seul dans la cuisine tout en cogitant. Une part de moi profondément enfouie continuait à douter de la pertinence de mon dessein. Avais-je vraiment raison de faire ça ? Qu’est-ce que cela allait m’apporter ? Qu’est-ce que je cherchais ?

  Cette partie de moi qui – j’en avais la conviction – n’existait pas depuis bien longtemps faisait tout pour me ramener à une forme de droiture en essayant de me rappeler à l’ordre. Je finissais cependant toujours par chasser ces pensées trop rationnelles qui me gênaient dans mes envies. Après tout, n’étais-je pas jeune ? Etait-ce rationnel, quand on est jeune, de passer sa  vie devant un ordinateur ?

« Tu es prêt pour demain ? »

C’était la voix de mon père venant du salon.

-         Qu’est-ce qu’il y a, demain ? demandai-je

-         Tu te rappelles ? On est invité à un dîner chez Ivonne., répondit mon père.

-         On est déjà mercredi ?

-         Eh oui…ça passe vite…

Ivonne était l’une de nos voisines, une vieille dame assez agréable à côtoyer, je dois dire, et j’avais complètement oublié qu’elle nous avait invités à manger chez elle mercredi soir.

-         Je…suis obligé de venir ? osai-je timidement après un silence.

-         Oui.

Forcément…

-         Pourquoi ? repris mon père.

-         C’est que… (je n’avais absolument aucune idée de ce qu’il valait mieux dire) …je suis fatigué en ce moment. Je ne sais pas ce que j’ai mais je me sens pas d’aller à un dîner.

-         Commence pas à faire ton cinéma.

  Naturellement, cette excuse complètement bidon n’avait aucune chance de fonctionner. Je reparti alors dans ma chambre pour réfléchir à tout ça, et décidai qu’il valait mieux repousser l’excursion. J’appelai donc Adrien.

  Comme celui-ci ne répondait pas, je me dis qu’il était inutile d’insister et que je pouvais tout aussi bien le prévenir demain. Avec l’austérité d’un vampire, je me brossai les dents et me mis en pyjama. J’avais ces derniers temps une manie de me coucher si tôt…comme si je tenais inconsciemment à me reposer suffisamment afin d’être prêt pour le moment où j’allais enfin pouvoir quitter mon domicile pour explorer le royaume de la nuit.

  Avec une aisance déconcertante, je m’endormis profondément.

 

  Le lendemain fut une journée bien étrange. Dès lors que je quittais ma chambre pour rejoindre la cuisine où je comptais prendre mon petit déjeuner, je ne me sentais pas dans mon assiette. Malade n’était pas le mot correspondant à la situation, mais il était clair que je n’étais pas tout à fait dans mon état normal. Je me sentais comme poussé par quelque chose. Comme si quelque chose de nouveau et d’invisible m’accompagnait dans mes déplacements…ainsi que dans mes pensées.

Tu te fais des idées. Tu as juste le trac.

  Mes parents dormaient encore et j’entamai donc la journée seul. Cependant, même en me lavant puis en sortant dehors prendre l’air, il ne me semblait pas être aussi seul que je ne l’étais d’habitude. Quelque chose avait changé, j’en étais presque certain.

  J’entrepris de rappeler Adrien, mais mes tentatives furent vaines. Je cherchais alors un moyen intelligent de m’occuper, quand je réalisai avec stupéfaction que je n’avais aucune envie de brancher mon ordinateur. Plus encore, il me répugnait. Je ne voulais pas le toucher. Pour la première fois depuis un an, j’avais envie de m’occuper autrement. J’ouvris donc un de mes ouvrages sur les sciences occultes, mais, bizarrement, restai sur ma faim. Plus que jamais, ma vie quotidienne me lassait. Plus que jamais, j’avais besoin de renouveau.

  Je consultai mon téléphone. Un appel manqué – étonnant que ça n’ait pas sonné, ou alors mes rêveries m’avaient peut-être empêché d’entendre. C’était Adrien. Il avait laissé un message vocal que je consultai.

« Salut Evan, écoute je suis navré mais je vais pas pouvoir t’accompagner ce soir. Mon père veut que je l’aide toute la semaine à couper du bois pour l’hiver prochain et ça risque de nous prendre non seulement les aprems mais aussi jusqu’à tard le soir. Je sais que c’est un peu débile de faire ça en plein été, et j’ai pas bien compris la décision subite de mon père, mais tu sais ce que c’est…les ordres sont les ordres. »

  Pour une raison étrange, cette nouvelle me laissa assez indifférent. A vrai dire, j’étais plus interpellé par le ton lointain et légèrement mécanique de la voix d’Adrien que du contenu du message en lui-même.  Quel que soit le jour où cette expédition aurait lieu, je la mènerais donc seul. Du moins, si je la menais un jour, car une partie de moi continuait à se demander si ça valait encore le coup d’y aller.

  La journée passa à une vitesse assez prodigieuse.

  A l’approche du soir, mes pensées voguaient toujours, perdues entre l’incertitude de mes désirs – voulais-je vraiment toujours m’échapper en douce ? – et la difficulté de mettre mon plan sur pied étant donné les circonstances de la situation. Mes parents m’avaient ordonné de me préparer pour partir chez Yvonne, et j’étais donc sous la douche lorsque j’entendis le téléphone sonner dans la pièce d’à côté. Ma mère décrocha. Le bruit de l’eau qui s’écoulait m’empêchait d’entendre ce l’objet de la discussion, mais je cru comprendre, d’après l’intonation de ma mère, que c’était assez grave. Je mis donc fin à ma douche et, alors que je me séchais, je tendis l’oreille afin d’écouter la conversation que ma mère entretenais désormais avec mon père. Elle se présenta à peu près comme ceci :

-          Non, c’est pas une blague…un accident domestique ! Rien de bien grave apparemment, mais elle s’est ébouillantée tout le bas du corps.

-         Mais comment c’est arrivé ?

-         Bah, apparemment elle voulait se faire des pâtes, et elle s’est renversée le contenu de la casserole chaude sur elle-même. Faut-il être sotte !

-         Oui, faut avouer que c’est bête.

-         Du coup, elle a appelé les urgences et ils la relâche demain apparemment.

-         Bon, je suppose que pour le dîne, c’est râpé, alors…

-         Bah ! Tu m’étonnes !

Bien qu’ayant tout à fait confiance du côté indécent de ce genre de réaction devant une telle situation, je ne pus m’empêcher de pousser un soupir de joie. La voie était désormais libre pour aller explorer l’inconnu. J’avais l’impression qu’on faisait tout pour me laisser y aller.

Je sorti de la salle de bain, tâchant – avec succès apparemment – de cacher ma joie nouvelle.

-         Tu as entendu ? demanda mon père.

-         Oui, dis-je.

-         Quelle histoire…on ira la voir avec des fleurs demain, répondit mon père.

-         Oh il est inutile d’aller à l’hôpital, je crois qu’ils la ramèneront chez elle assez tôt demain matin, intervint ma mère.

-         Donc on ne fait rien ce soir ? hasardai-je.

-         Rien du tout, bien sûr, dit ma mère.

Nouveau soupir de joie, contenu cette fois-ci.

Comme à mon habitude, je ne tardai pas à aller me coucher, mais je n’avais aucunement sommeil cette fois-ci. Eclairé par la lune naissante, et sa lumière argentée, je cogitais, me posant 1 000 questions sur la façon dont j’allais orchestrer mon évasion. Allais-je prendre une lampe-torche ? Y en avait-il dans la maison ? Où ?

Et surtout : comment allais-je tromper la vigilance de mes parents ?

Autant de questions que j’aurais voulu avoir la jugeote de me poser bien avant le soir fatidique, mais auxquelles je n’avais finalement absolument pas pensé.

  N’en pouvant plus d’hésitations, de doutes, et de passivité, je me dressai subitement sur mon lit, m’exclamai « Au diable tout ça ! » et me levai. J’avais décidé de partir sur un coup de tête, sans rien apporter, et de tenter ma chance en passant devant la chambre de mes parents. Avec la prudence et la lenteur d’un voleur, j’entrouvris la porte légèrement grinçante de ma chambre qui émit un petit cri aigu, que mes parents n’avaient certainement pas entendu. Je me glissai alors hors de ma chambre et m’avançai à pas de loup dans l’obscurité où l’éclairage bleuté de la lune m’offrit juste de quoi me diriger dans les escaliers qui amenaient au rez-de-chaussée. Je les descendis avec énormément de prudence, tâchant d’éviter au mieux possible les craquements que mes pas faisaient alors que j’avançais. J’avais la désagréable impression de rompre un silence mystique qui s’installait chaque nuit dans la maison.

  Fort heureusement pour moi, la porte de la chambre de mes parents était fermée. Je me glissai rapidement pour la dépasser et atteindre la porte d’entrée – dernière barrière me séparant de la liberté – et j’allai trouver les clefs dans un petit tiroir, que j’ouvris et refermai avec précaution. Malgré toute ma discrétion, la porte d’entrée s’ouvrit avec un vacarme à réveiller les morts. Le grincement que j’avais fait en sortant de ma chambre n’était rien comparé au crissement atroce que je fis en sortant de la maison. Pourtant, je ne perçu aucune réaction de la part de mes parents. A croire qu’ils dormaient tous les deux d’un sommeil terriblement profond.

…l’impression qu’on faisait tout pour me laisser y aller.

  Me voilà enfin seul et libre de gambader dans les champs sous le clair de lune. L’air frais me fit un bien fou sur la peau, et un sentiment puissant de gaieté béate me parcouru brusquement. Quelle chance de réaliser mon expédition durant une nuit où la lune était si lumineuse ! Grâce à elle, je n’allais pas avoir besoin de lampe-torche : j’y voyais aussi bien qu’en plein jour.

   Inspirant profondément, je me lançai dans les mystérieuses profondeurs de cette nuit d’été, prêt à explorer le royaume des morts.

 

Partie 2 : Le royaume des morts

  La campagne me semblait d’un calme apaisant. Seul le chant des grenouilles près du ruisseau dans le bosquet trahissait la présence de vie dans ce monde endormit. Je poursuivais mon chemin sur le bord de la route, passant devant quelques rares maisons de campagne et, plus souvent, devant des champs herbeux, où je devinais quelques vaches poursuivant leur longue torpeur. Mon impatience et mon excitation grandissait à chaque instant et je ne pouvais m’empêcher de marcher de plus en plus vite. Au bout d’un certain moment, ne me sachant plus très loin de ma destination, je me résolu à trottiner, joyeusement, le long de la route, tout en entendant d’une oreille distraite les chants nocturne d’un chat huant tout juste perceptibles dans le lointain. J’avais l’impression de traverser la nuit comme un esprit invisible s’animant chaque fois que tout le monde dort. Je me calmai néanmoins lorsque les deux lueurs de phare d’une voiture m’apparurent dans le lointain et grossirent  jusqu’à ce que la bête de métal me passe devant, avant de laisser derrière elle une lueur rouge qui disparut dans la nuit. Je repris alors ma course, oubliant bien rapidement ce dérangeur, jusqu’à ce que j’en croisai un autre, à pied cette fois. C’était un vieil homme assez grand promenant son chien gros chien noir sur le bord de la route. En m’apercevant, le chien grogna longuement et son maître se figea. Voyant que je n’étais qu’un voisin, il intima à la bête de se calmer et me salua, conservant néanmoins une certaine méfiance. Il me vint alors à l’esprit, pour une raison qui m’échappe, que cet homme partageait des points communs avec moi et que nous étions tous deux des parias vivant en décalage par rapport à la plupart des gens. L’idée que je venais de croiser une personne qui était peut-être de la même trempe que moi me rassura, d’une certaine manière, et m’encouragea à poursuivre ma quête sans me soucier des avis des autres. Après tout, un saint d’esprit ne passerait il pas pour un illuminé dans un monde d’illuminé ?

  C’est sur cette pensée que, légèrement essoufflé, j’arrivai enfin devant le mur de pierre encerclant le cimetière. Celui-ci, vieux et haut, laissait tout juste entrevoir le bout des plus hautes pierres tombales en forme de croix ou d’églises miniatures. L’une d’elle, notamment, semblait bien majestueuse et, avant même de pénétrer dans le lieu, je la contemplais avec admiration dans le calme paisible du clair de lune. Calme qui était néanmoins troublé par les hurlements persistants du chat huant qui était à présent, de toute évidence, tout proche. Sans parvenir à l’apercevoir, je le devinais, immobile, perché dans l’un des gigantesques chênes qui entouraient le cimetière.

  N’oubliant pas mon objectif, je fis le tour du mur, jusqu’à tomber sur le fameux portail de fer blanc qui permettait d’accéder au cimetière. Je fis alors timidement jouer le loquet. Comme je l’avais prévu, il n’était pas fermé et, dans un faible bruit de grincement qui trahit ma présence dans ce lieu interdit – et fit par la même occasion taire le chat huant – je l’ouvris et pénétrai dans l’empire des défunts. Prenant soin de refermer la porte, je fis ainsi mes premiers pas.

  Ce qui me frappa, en premier lieu, une fois entre les murs du cimetière, fut l’infinie et pourtant si étrange beauté qui émanait de cet endroit sinistre. Inexplicablement, le ciel bleu-marine semblait plus proche, la lune plus majestueuse et sa lueur plus intense. Ce changement radical d’atmosphère était si fort qu’il m’interpella et m’envoûta terriblement. Les tombes, bien que disposées selon des rangées de manière à faciliter le passage des veufs et des veuves, semblaient s’être elles-mêmes affranchies de cette logique ordonnée, et  s’inclinaient chacune, individuellement, dans un sens ou dans l’autre. Certaines étaient à peu près droites, d’autres couchées, d’autres purement détruites et donnant un aspect désolé à cet environnement proche de la ruine. La magnificence d’un tel endroit, pourtant si proche du monde civilisé dans lequel j’étais forcé à grandir, n’avait aucun point commun avec cette banalité quotidienne dans laquelle ma naissance m’avait condamné à grandir. Devant moi, se trouvait quelque chose qui avait échappé à tout ça. Quelque chose de différent.

  Me sentant désormais libéré d’une invisible prison, je fis quelques premiers pas entre les tombes, faisant connaître ma présence par les bruits de mes pas sur le sol grailleux. Je me rendais compte que le monde n’avait pas changé autour de moi sur le seul plan visuel. Je sentais en effet quelque chose d’étrange autour de moi. L’air n’était plus le même, il semblait presque avoir une consistance, une odeur différentes. Une substance vivante l’emplissait, ce qui était exceptionnel dans un tel endroit. J’avais ainsi l’impression que chaque courant d’air me transportait, voire me dirigeait quelque part, si bien que je prenais machinalement la direction vers laquelle il s’orientait.

  Le chat huant se mit de nouveau à chanter. Son intervention invisible fut si brusque, et il me semblait si proche qu’il me fit sursauter. Pour ainsi dire, il semblait désormais dans le cimetière, quelque part perché sur une tombe, peut-être. La puissance constante de ses cris, alors que je me déplaçais, me donnait l’impression qu’il ne cessait de me suivre.

  Je me dirigeai quoiqu’il en soit vers la plus haute tombe du cimetière, celle que j’avais évoqué précédemment. Il s’agissait d’une cabane ressemblant à une minuscule chapelle. Alors que je m’en approchais, les cris de l’oiseau de nuit se faisaient de plus en plus forts, suggérant qu’il était à présent posé sur cette tombe. Arrivé à la hauteur de celle-ci, je ne vis cependant rien qui ressemblait à un volatile. Je ne vis qu’un nom qui m’était inconnu sur la tombe et qui m’était lisible grâce à la lueur lunaire.

  Le fait de m’arrêter pour lire le nom attira mon attention sur les bruits de pas que j’entendais désormais, lointains, sur du gravier, dans le cimetière. Je tressaillis de surprise et d’angoisse. Je n’étais pas seul, quelqu’un était entré avec moi dans le c…

  Je tendis à nouveau l’oreille. Il n’y avait aucun bruit de pas. Aucun. Je réalisai alors que ce que j’avais cru entendre n’était que le produit de mon imagination éveillée et probablement effrayée par le cadre que j’étais en train d’explorer. En proie à une inévitable peur, mêlée à de l’excitation, depuis que j’avais  pénétré dans cet endroit, et déstabilisé par les chants nocturnes du volatile, j’avais cru entendre des pas. Ce n’était probablement que cela.

  Je repris ma marche, promenant mon regard curieux sur les chaque pierre tombale. J’étais cette fois-ci à l’affut du moindre son, du moindre mouvement dans l’obscurité, tel un chasseur de fantôme venu inspecter un lieu hanté. Mon imagination n’avait jamais été aussi joueuse : j’avais l’impression d’observer des esprits flottant dans les airs à chaque instant. Même l’un des chênes surplombant le cimetière me parût, pendant un instant infime, être la silhouette maigre et desséchée d’un gigantesque macchabé pétrifié par le temps. Quelques minutes plus tard, ce fut la mousse verdâtre qui poussait sur l’une des pierres tombales qui forma l’image d’un crâne humain dont les yeux semblaient me fixer d’un regard accusateur.

  Le chat huant se tût. Le lourd silence qui s’en suivit me fit à nouveau entendre des pas qui suivaient les miens. Chaque fois que je levai mon pied, j’en entendais un autre s’enfonçant dans les graviers. Cette histoire, décidément troublante, m’effraya à nouveau et je m’arrêtai. Plus aucun bruit. Pas même celui de la petite brise qui me caressait faiblement le visage, non. Un silence de mort.

  Je me remis à marcher et, comme pour se jouer de moi, les pas de mon suiveur reprirent également, au point de me faire douter à nouveau de leur réalité. Ils semblaient si faibles, si peu humains. Ils ne sonnaient pourtant pas non plus comme ceux d’un animal ou d’une quelconque créature fantastique. Ils semblaient appartenir à autre chose.

  C’est en me retournant que je vis pour la première fois quelque chose. Je suppose que j’aurais dû me préparer à cela, que j’aurais dû me douter que cela arriverait d’une manière ou d’une autre. Peut-être qu’inconsciemment, je le savais depuis le début. Peut-être que c’était justement ce que j’étais venu chercher en m’aventurant dans un tel endroit. A une vingtaine de mètres de moi, devant une tombe minuscule et délabrée, était accroupie une silhouette blanchâtre qui faisait face à la pierre tombale, immobile. De là où je me trouvais, la silhouette paraissait totalement humaine, si l’on fait abstraction de sa transparence – je pouvais voir le mur du cimetière, et même d’autres tombes, à travers son corps – et du fait qu’elle ne touchait pas réellement le sol.

  Les nerfs à vifs, je m’approchai lentement afin de mieux distinguer cette forme fantomatique qui semblait me tourner le dos. Ma respiration, altérée par mon angoisse grandissante, se faisait de plus en plus bruyante, mais ce fut mes pas qui me trahirent. A peine eu-je le temps de me rendre compte que la forme était celle d’une femme, que celle-ci se retourna brusquement vers moi et me regarda de ses deux yeux verts luisant dans l’obscurité. Je bondis en arrière et m’enfuit sur bonne trentaine de mètres, espérant trouver la grille par laquelle j’étais entré dans le cimetière, afin d’en faire également ma porte de sortie. Je cherchai celle-ci du regard, mais l’obscurité m’empêchait de distinguer cette satanée grille. En fait, il me sembla que le cimetière était désormais plus grand, plus vaste. Les quatre murs qui l’entouraient, bien que toujours de la même taille, me semblais inaccessibles. Quoi que fut la direction dans laquelle je me dirigeais, je ne pouvais m’approcher de ces murs qui restaient toujours à la même distance. On aurait ainsi dit que la physique avait décidé de faire en sorte que je me retrouve systématiquement au centre du cimetière, quand bien même je pouvais courir des heures durant. La disposition du cimetière ne semblait d’ailleurs pas avoir changé. Je reconnaissais bien un carré remplit de tombes. Pourtant, j’avais constamment l’impression de me retrouver au même endroit au bout de quelques secondes de course, et ce, quelle que soit ma direction. Réalisant, progressivement mais rapidement, que j’étais pris au piège dans cet endroit, et ce par un incompréhensible mécanisme physique, je laissai grandir ma panique.

  C’est alors que mon regard rencontra la plus haute tombe du cimetière, celle qui avait attiré mon attention au début de mon excursion, avant que tout ne devienne si confus autour de moi. Accroché à la longue croix de cette tombe, surplombant l’ensemble du cimetière, se trouvait un autre spectre, masculin cette fois, me regardant également de ses yeux verts et luisants. C’est à ce moment, me semble-t-il, que j’ai commencé à crier. J’appelai à l’aide, sans savoir vers quoi me tourner pour espérer qu’une âme, à l’extérieur de ces murs, ne me viennent en aide. Je courais aussi vite que mes jambes me le permettaient sans jamais trouver une sortie à ce labyrinthe de pierre, qui risquait de devenir – je le redoutais – mon linceul. Pendant ce temps, autour de moi, de chaque tombe sortait un spectre, si bien que je fus bien vite encerclé par une véritable armée d’âmes flottantes me fixant des mêmes yeux verts que je me rendis compte avoir déjà vu en rêve, au cours des nuits qui précédaient de peu ma visite au Royaume des Morts.

  Une seule tombe, cependant, n’avait aucun esprit au-dessus d’elle. C’était celle qui se trouvait juste devant moi. En la regardant, je me rendis compte avec effroi qu’elle portait mon nom. Je fis plusieurs pas en arrière et me rendit compte que des larmes coulaient de mes joues. Pourquoi mon nom ? Pourquoi ?

  Je couru. Je couru encore et encore, jusqu’à épuisement. Mon corps me paraissait prêt à fondre et mon cœur à m’abandonner définitivement. C’est alors que, par je ne sais quel miracle, j’aperçu le petit portail par lequel j’étais entré. Je puisai dans mes dernières forces pour foncer vers lui. Je refusai d’abord de regarder derrière moi, puis, cédant à la curiosité, je jetai un coup d’œil derrière mon épaule. Je ne peux décrire fidèlement toute l’horreur qui s’empara de moi lorsque je vis  l’armée des esprits toujours tournée vers moi, chacun pointant un doigt long et fin vers moi. Oubliant mon épuisement, je me précipitai avec encore plus de force vers la grille et quittai ce lieu hanté. Me voilà enfin, enfin, dehors.

  L’air me parut redevenir normal, et il me sembla même que mes oreilles se débouchèrent d’un seul coup : je percevais à nouveau les sons normalement. Oubliant toute ma dignité, et encore sous le choc de ce que je venais de vivre, je m’agenouillai et pleurai de soulagement au bord de la route. J’avais l’impression de revenir d’un long voyage dans un autre pays. Non, plutôt dans une autre dimension.

  Je sursautai en apercevant deux yeux blancs qui s’approchaient dangereusement de moi, avant de me rendre compte qu’il s’agissait des phares d’une voiture. A mon grand étonnement, celle-ci s’arrêta à quelques mètres de moi. Peut-être quelqu’un avait-il entendu mes appels ?

  De le voiture, sortit un homme assez bien bâtit qui me sembla être habillé en vigile. Il ouvrit la portière arrière de sa voiture, et un doberman d’une taille impressionnante en sorti. L’homme me montra du doigt et le chien se mit instantanément à grogner en me regardant. Dès lors, je compris le sort qui m’était réservé et une peur instantanée, presque violente, s’empara de moi. Je m’enfuis donc et pénétrai de nouveau à l’intérieur du cimetière, espérant follement pouvoir m’y cacher. Quelle absurdité ! Le chien de l’enfer ne me perdit pas de vue une seule seconde et, alors que je me dirigeai désespérément vers les tombes, je sentis une mâchoire dentée me saisir la jambe et je trébuchai violement sur le sol de gravillons. Le chien s’acharna alors sur moi et commença à planter ses crocs dans la chair de mon cou. Je sentais mon sang et mes forces m’abandonner rapidement et, au bout d’un long moment, je cessai de lutter. Avant de quitter ce monde, je m’aperçus que le chien m’avait eu juste devant la tombe qui portait mon nom.

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