Poèmes

lugubre

Bienvenue en enfer

Vous voilà plongé dans le plus sombre des jours,
Là où mon règne domine depuis toujours.
Là où l’espoir et mort et le bonheur pleure.
Suivez-moi avec docilité, n’ayez pas peur.

Vous avez été choisi parmi tant d’autres,
Par moi-même et mes plus fidèles apôtres,
Votre chair, votre âme, votre être, votre cœur
M’appartiennent dans ce monde de l’horreur.

Soyez confiant, vous n’êtes pas les premiers,
A me côtoyer dans l’Enfer des Hommes,
Plusieurs avant vous ont tenté de me renverser,
Je les ai écrasés de toutes mes forces sous ma paume.

Soyez donc obéissant envers votre nouveau maître
Ici, pas d’évêque, pas de Dieu, pas de Saint, pas de prêtre,
Seule la douleur vous tiendra compagnie dans la mort.
Votre soumission sera le Salut qui sauvera votre corps.

Les enfants des champs

Ecoutez attentivement, vous risquez de les manquer,
Ils sont pourtant bien là, ces petits trésors des champs,
Ces enfants de la nuit qui vous suivront toute l’année,
Qui vous observent cachés derrière le brouillard blanc.

Soyez prêt à les recevoir,
Ils sont impatients de vous voir,
Ils ne mordront que certains d’entre vous,
Seuls les moins chanceux saigneront jusqu’au cou.

Solitude
S’il existe bien une peine unique au monde,
Je crois que je sais à quoi elle ressemble.
Car je suis hélas à l’extérieur de la ronde,
Et devant moi, chacun d’eux tremble.

Leurs visages se crispent lorsque j’apparais,
Et leurs mots, tels des poignards, m’atteignent
Cependant, sachez qu’il y a un mais
Il n’y a que de l’extérieur que je saigne.

Silent Hill
Cette ville apparait dans mes rêves les plus agités
Et chaque soir, piégé dans les bras de Morphée
Je recherche désespérément la réponse
Comme capturé dans un mur de ronces.
Comment échapper à tel calvaire ?
Mes forces m’abandonnent, j’en suis vert
Le Mal autour de moi ne cesse de grandir
Tel un macabée à ressort, près à bondir.
Où se réfugier avec telle douleur ?
Afin d’échapper à ces intimes terreurs
Cette ville ne semble pas m’accorder la moindre répis
Et je la vois au cours de chaque nuit endormie
Oui, dans mes rêves les plus agités, je vois cette ville…
Silent Hill.

L’astre d’argent

Au dessus de nos têtes lourdes de pensées
S’élève l’éternel astre qui nous fait tant rêver.
Celui qui cache mille et un secrets
Et qu’aucun être n’a réussi à percer.
Renne de la nuit, elle s’élève dans le ciel
Et nous prions mille prières en dessous d’elle.
Cette déesse argentée que j’ai nommé la Lune,
Et que nous n’atteindrons pas même perché sur les dunes.

Blanche Colombe
Je te contemple allongée devant moi
Mes larmes, elles ne sont rien pour toi
Tu ne m’as jamais aimé tel que je l’ai fait
Voici donc une berceuse pour clore tes yeux
Mon amour pour toi est mon aveu
Je ne suis rien, tu ne peux être malheureuse
Toi, ma blanche colombe majestueuse.

Rivière d’amour
Je veux une rivière qui déborde d’amour
Même si ça ne suffit à combler mon cœur
Car je sais que les vides resteront toujours
Elle seule m’apporterait une goutte de bonheur

Mon cœur mielleux sait bien
Que seule la bonté comble son sein
Mais même si la douleur s’éteint,
Je sais que je n’aurai rien

J’ai besoin d’un miracle, pas de pitié sur les mains
Une seule goutte de Son cœur et en extase est le mien
Avec ce rêve qu’Elle m’envoie, j’entrevois bientôt ma fin
Je ne veux pas de charité, seul un miracle me convient.

J’ai laissé s’ouvrir les portes de l’Enfer.
Il l’a fait sous mes yeux, et je n’ai fait que l’observer.
Maître de son destin, il se jeta  avec un cœur léger
Dans le vide, faisant taire son âme à jamais.
J’étais présent, et je n’ai fait qu’observer.
Mais, je vous le demande, quel être
Aurait pu prévoir que la chute d’un prêtre
Se jetant dans le vide près du cimetière
Conduirait à l’ouverture des portes de l’Enfer ?
Car ce que ma sottise ignorait encore
C’est que cette mort scellerait le sort
De chacune de nos âmes damnées
Qui depuis ce soir là sont condamnées
A être traquées, pourchassées et assassinées
Par les démons anciennement faits de chair
Et dont l’âme s’est perdue en Enfer.
Désormais, c’est sur Terre qu’ils errent
Oh, pourquoi cet acte insensé, mon Père ?
Vous qui étiez si bon, vous en qui nous croyons
Vivez-vous les choses comme nous les vivons ?
Vous, qui avez laissé les morts revenir sur Terre,
Qui étiez vous réellement, entre deux prières ?

Le campagnard qui saignait
J’écris ces quelques lignes avant de plonger dans l’éternelle torpeur
Afin d’immortaliser la plus insoutenable des nuits de terreur.
Car alors que, persuadé d’être seul et paisible
Dans ma demeure isolée des absurdités de la ville,
J’entrai dans ma salle de bain comme chaque soir,
L’obscurité fit irruption et me plongea dans le noir.
Bien malin, je brandis déjà une torche  électrique
Calmant ainsi mon imagination paniquée
Distinguant bien vite des silhouettes fantomatiques.
Et soudain, devant mon miroir je restai figé
Car cet être ne pouvait être mon reflet.
Me faisant face, semblant appeler à l’aide
Se tenait mon propre cadavre ensanglanté.
Brandissant une main squelettique et laide
Cette chose me dévisageait de ses orbites creuses
Et je reconnaissais bien ma silhouette pieuse.
Oui ! C’était bien moi ! Mais de ce côté j’étais de sang
Horrifié, je restais sans voix devant cette apparition
Qui me pointait du doigt tout en crachant
Des litres de liquide rouge dégoulinant.
Puis, pour combler cette vision d’horreur s’offrant à moi,
Mon propre sang  se répandait sur chaque mur de la pièce
Tandis que de l’autre côté du miroir, cet autre moi
Se vidait tout en m’adressant un salut de politesse.
Au lieu de disparaître dans les ténèbres, il se figea
Et pour autant que je sache, il est toujours là.
Quant à ma demeure, elle ne représente plus rien
Pour moi, maintenant que les murs de sang ont été repeints.

Le journal du petit Albert.
Je m’appelle Albert Fish, et  j’ai 8 ans.
Je vis à la campagne, chez le frère de maman.
Parce que papa et maman ne sont jamais revenus.
Et tonton a dit qu’il s’occuperait de moi en attendant.
Mais jamais n’arrivait ce retour tant attendu.
Alors je reste là, et je joue avec les bêtes.
Puisque mon cousin George ne joue jamais avec moi.
Il est plus grand que moi, George, il a 13 ans.
C’est grâce à lui que j’ai appris que le monde était froid.
Que ce soit lui ou tonton, c’est toujours à moi qu’on s’en prend.
Et il y a aussi les copains de George, qui me lancent toujours des pierres.
Car il parait que je suis laid et que Dieu avait la tête ailleurs quand il m’a fait.
C’est ce que hurle toujours Tonton, quand il me voit jouer dans les prés.
Peut-être que si je n’aurais pas su leur faire face, si j’avais eu un grand frère.
Mais être seul m’a fait découvrir un art dans lequel j’excellais.
Celui de tuer.

La Rue
Que de monde, peu d’espace !
Dans cette immense rue commerciale,
Avec effort je m’y fraie une place
Au milieu des passants à l’allure bestiale.
Chaque jour, chaque soir, ils s’y empressent
Pour faire des achats ou lire les revues presse.
Quant à moi, je m’y fraie timidement un chemin,
Pour atteindre mon lieu de travail chaque matin.
Souvent on me bouscule, souvent je dois pousser
Si bien que je semblerais presque avoir l’air de danser.

Ce matin-là, à mon grand étonnement,
Un taxi m’interpella, me demandant :
« Mon bon monsieur, auriez-vous besoin d’une course ? »
Je remerciai sa gentillesse, mais lui répondis : « Aucunement. »
« Etes-vous sûr que vous n’avez besoin de rien ? » reprit-il aimablement
Je répliquai que oui, et lui demandai d’où lui venaient ces pensées si douces.
« C’est que je me suis dit que vous deviez avoir besoin d’aide
En vous observant déambuler au milieu d’une vieille rue vide. »

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Nouvelle – Nukekubis

Nukekubi
NUKEKUBIS

Enzo conduisait sa voiture avec le sentiment d’avoir fait du beau travail. Son coffre était plein, il ne restait plus qu’à jeter la marchandise. La radio passait la chanson « I want Love » d’Akira Yamaoka, et Enzo chantonnait l’air tout en conduisant avec prudence. Il ne lui restait que quelques bornes à faire pour arriver à destination – enfin. Il s’enfonçait de plus en plus dans la campagne, loin de la civilisation et des regards indiscrets. En effet, il était très important que personne ne le voit décharger sa voiture. Personne, absolument personne, ne devait savoir ce que contenait son coffre. Dans le cas contraire, il serait obligé de tuer la personne.
Quand il arriva enfin dans son coin secret, Enzo était mélancolique. Peut-être était-ce la chanson qui était passée à la radio qui lui faisait cet effet-là, peut-être commençait-il à développer un début de remors pour ses actes. qui sait…Il se gara près de la rivière, à une centaine de mètres de la maison abandonnée, et descendit de la voiture. Là, il ouvrit le coffre et sortit un premier corps de femme, emballé dans un sac de jute, comme tous les autres. Il se souvenait très bien du prenom de celle-là : Vanessa. Une belle salope, se dit-il. Comme toutes les autres. Oui, elles méritaient ce qu’Enzo leur avait fait. Il balança le corps de Vanessa dans la rivière et celui-ci coula à cause des cailloux qui étaient fourés dans le sac. Il s’attaqua alors à la deuxième, France. Enzo se souvenait très bien de France. Elle lui avait fait un strip-tease dans le club. Enzo l’avait ensuite éliminé discrètement dans les toilettes. Elle aussi finit dans la rivière, et ce fut la même chose pour les deux autres. Toutes les femmes qu’Enzo avait tué se trouvaient au fond de l’eau. C’était sa cachette secrète, et jusqu’à présent, personne ne semblait s’en douter. Il ne lui restait plus qu’à rentrer chez lui et à aller se coucher. Il faisait bientôt nuit.
Mais cette fois, Enzo ignorait qu’il ne rentrerait pas chez lui. Alors qu’il s’apprêtait à regagner sa voiture, il sursauta en apercevant une femme qui le regardait, sur le pallier de la maison abandonnée. C’était une femme plutôt jeune, habillée d’une robe blanche,  et aux cheveux noirs. Elle était trop loin d’Enzo pour que ce dernier puisse l’identifier mais il trouva qu’elle ressemblait beaucoup à France. Mais il y avait quelque chose d’étrange avec cette femme, Enzo n’arrivait pas à identifier ce que c’était. Quoiqu’il en soit, elle avait certainement vu ce qu’Enzo avait fait dans la rivière, et il ne devait pas laisser le moindre témoin en vie. Pas questions pour lui de finir ses jours en prison !
Enzo n’eut pas le temps d’attraper son canif que déjà, l’étrange femme ressemblant à France tourna les talons et entra dans la maison abandonnée. Enzo saisit donc son arme blanche et courru vers l’entrée de la maison. C’était une grande villa qui avait certainement appartenu à quelqu’une de riche, mais elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Les carreaux étaient brisés, des graffitis recouvraient les murs et tout était vieux et décrépit. Enzo pénétra dans la maison avec hésitation. Cette endroit filait la chair de poule, mais c’était avant tout cette témoin qu’il ne devait pas laisser filer.
L’intérieur de la maison ressemblait à l’extérieur : vieux, usé, dégradé, des tags partout. Certains tags étaient d’ailleurs très explicites : « Chambre des fous », « Le diable t’emportera », « Chaque histoire se termine par la mort », pouvait-on lire. Il commençait à faire très sombre, mais, fort heureusement, Enzo avait pensé à prendre sa lampe torche. Au moment de l’allumer, Enzo se rendit compte de ce qu’il y avait  de bizarre avec la femme qu’il avait apperçu : on voyait au travers. Elle était transparante. Enzo se dit immédiatement qu’il avait dû rêver, que ce genre de choses était impossible. Pourtant…
Enzo s’aventura discrètement dans la villa, évitant les toiles d’araignée et les cafards qui se baladaient par terre et sur les murs. Le faisceau de sa lampe de poche faisait danser la rampe de l’escalier qu’Enzo emprunta en se disant que cette mystérieuse femme avait dû monter à l’étage. Tout de même…elle ressemblait énormément à France.
Lorsqu’il atteint la premier étage, son rayon de lumière rencontra quelque chose qui alla aussitôt se cacher. Ce n’était pas un être humain, mais un animal volant (un oiseau ? Une chauve-souris ?). Enzo n’eut pas le temps de voir ce que c’était, mais il aurait juré que ça ressemblait à une tête humaine qui volait toute seule. Il se dit que son imagination lui jouait des tours et avança, toujours avec discrétion, le couteau dans une main, la lampe dans l’autre. Son rythme cardiaque commençait à s’accélerer, probablement à cause de l’aspect lugubre de l’endroit. C’est alors qu’une chose épouventable lui arriva : la lampe s’éteignit.
« Merde…les piles ! » dit Enzo à haute voix, oubliant sa discrétion.
Il faisait désormais entièrement nuit. Une nuit sans lune. Comme alertées par l’extinction de la lampe, des voix féminines se mirent à retentir dans la maison, autour d’Enzo. Des voix qui prononçaient des paroles incompréhensibles.
« Y’a quelqu’un ? » demanda Enzo.
Les voix cessèrent un instant puis recommencèrent. Enzo ne pouvait plus le cacher : il avait peur. Il fit demi-tour pour retrouver l’escalier et redescendre les marches afin de sortir de cette maison de fou, mais rien à faire : il s’était perdu dans la maison. Il n’avait aucune idée d’où il était venu ni d’où il allait. Il longea à l’aveuglette ce qui sembla être un couloir puis sa main tomba sur une porte, qu’il ouvrit. Au moment d’entrer dans la pièce, il sentit une étrange force le pousser vers l’intérieur, et quelque chose passa à côté de lui en volant. Il en était certain. La chose avait murmuré quelque chose dans une langue étrange. Finalement, il décida de ressortir de la pièce. Ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité et il distinguait maintenant à peu près le décor qui l’entourait. Il s’avança jusqu’à la porte au bout du couloir, mais celle-ci était fermée. Il fit demi-tour et c’est alors qu’il la vit pour de bon. Une tête de femme – celle de Vanessa ? Elle y ressemblait, mais il faisait trop sombre pour en être certain – flottait dans l’air devant lui, à l’autre bout du couloir. Elle avait de longs cheveux noirs et ses yeux jaunes brillaient dans les ténèbres. Enzo se retrouva sans voix. Ce qu’il avait sous les yeux étaient impossible. Ce genre de choses n’existait pas. Pourtant, il ne rêvait pas. La tête de Vanessa flottait toute seule devant lui. Soudain, elle fonça sur lui en exibant de longues dents pointues, toutes blanches. Enzo cria et se baissa pour éviter la morsure de la tête fantomatique. Celle-ci le rata de peu et passa à travers la porte fermée. Enzo hurla de terreur. Son esprit était confus, mais il se souvint avoir lu un article sur une légende à propos de fantômes de femme qui se manifestaient sous la forme de têtes seules et qui suçaient le sang de leurs victimes. Il lui sembla que ça s’appelaiot des Nukekubis. Enzo avait alors prit cela pour des foutaises, mais ce qui l’avait attaqué était bien réel. Et ces voix qui retentissaient…ces voix. Elles semblaient de plus en plus proches. Elles semblaient encercler Enzo. Pris dans un excès de panique, Enzo oublia totalement la raison de sa venue dans la villa et courru à l’aveuglette jusqu’à se cogner contre un mur. A ce moment-là, les murmures se transformèrent en rire. En levant la tête, Enzo apperçu quatre têtes flottantes, qui avaient chacune les traits d’une des victimes qu’il avait plongée dans la rivière. Enzo poussa un cri hystérique. Les quatre têtes fondirent sur lui et Enzo les évita de peu. Il retrouva enfin l’escalier et le descendit aussi vite qu’il le pu. C’est une fois arrivé à la dernière marche que le sol sous ses pieds s’effondra et qu’il fit une chute le menant tout droit à l’étage en dessous.
Lorsqu’Enzo se réveilla, il cru pendant un instant avoir rêvé toute cette histoire. Une partie de lui s’attarda à l’espoir que ces créatures fantomatiques n’avaient été que le fruit de son imagination. Cependant, la douleur à sa jambe droite lui rappela qu’il était toujours dans la villa abandonné où il s’était fait attaquer par les têtes flottantes. Il mit quelques minutes à réalisé ce qui s’était passé : le sol s’était effondré sous son pied et le voilà à présent dans la cave de la villa. Il s’était probablement brisé la jambe en tombant. Il vit une petite chauve-souris et distingua, malgré l’obscurité, d’étranges boîtes de conserve qui semblaient contenir des têtes de femme. Ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes qu’il s’aperçut que des choses étaient en mouvement sur le plafond de la cave. Enzo plissa les yeux et se rendit compte qu’ils s’agissaient de gigantesques blattes de plus de 50 cm de longs. Leur corps étaient immobiles, seules leurs anteines bougeaient dans tous les sens. Mais le plus incroyable avec ces cafards géants, c’était qu’ils avaient le visage des victimes d’Enzo. Il reconnu Vanessa, France, et les autres. Elles semblaient se parler entre elles, toujours dans la même langue incompréhensible. Au delà de la panique, sous l’emprise de la peur, Enzo éclata de rire.
Depuis, plusieurs personnes disent avoir apperçu les Nukekubis d’Enzo dans la villa abandonnée.

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Nouvelle – pluie glacée

pluie

PLUIE GLACEE

C’est par un après-midi particulièrement pluvieux que François se dirigeait vers son nouveau lieu de travail pour la première fois, afin d’être formé. Il avait réussi à trouver ce job d’été dans un fast-food récemment implanté à Aixe-sur-Vienne, la ville voisine de celle où il habitait. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que François allait entamé son premier jour de travail. Tous les autres jobs d’été qu’il avait eu avaient été des expériences particulièrement éprouvantes pour une personne comme lui, qui n’avait jamais été très manuel. En effet, à 22 ans, François avait toujours été premier de sa classe à l’école et excellait sans effort dans la théorie. En revanche, la pratique était une autre histoire. Il était en effet plutôt maladroit, peu débrouillard et pas très rapide. Cela lui avait valu d’être mal vu par l’ensemble de ses collègues, que ce soit dans la restauration, dans la boulangerie ou en grande surface. Pour la première fois, François allait travailler dans un fast-food, et il savait que cela demanderait de la vitesse d’exécution et de la débrouillardise. Qu’allaient dire ses collègues quand ils s’apercevront qu’il n’est pas très doué ? François angoissait à cause de cela.
C’est donc sous des cordes de pluie qu’il se gara, descendit de sa voiture et couru jusqu’à l’entrée de son nouveau lieu de travail. En entrant, il demanda à voir Déborah, la manager. Celle-ci arriva au bout de plusieurs minutes, le salua, et lui demanda de la suivre. Elle lui expliqua alors la plupart des choses qu’il avait besoin de savoir pour travailler (où était le stock de nourriture, comment faire les différents types de glace, comment couper des tomates, comment nettoyer le lobby, la partie du restaurant où les clients mangent, etc). François se dit qu’il serait difficile de retenir toutes ces informations sans se tromper et fit de son mieux pour retenir le plus de choses possibles. Il essaya au mieux d’être le moins maladroit possible lorsque Déborah – qui n’avait pas l’air de rigoler souvent – et ses collègues le regardaient faire. Les collègues, quant à eux, lui paraissaient plutôt sympathique. Il y avait Eléa, une jeune fille métisse au large sourire, très gentille, que François semblait faire rire souvent, Camille, une jeune blonde qui souriait moins mais qui avait l’air tout aussi gentille, Célia, une jolie brune, Lauriane, une fille qui ne souriait jamais mais qui n’avait pas l’air bien méchante, Marie, une jeune femme qui ne souriait jamais non plus et qui avait l’air plutôt sévère et du côté des garçons, François ne retint que le prénom de Paul, le frère d’une de ses amies d’enfance. François remarqua, au bout de quelques jours, qu’il ne s’était jamais aussi bien entendu avec l’équipe. A part Marie, qui était très exigente avec lui et qui semblait ne pas l’appréciait et Déborah qui se contentait de lui donner des ordres, tout le monde semblait apprécier le petit nouveau, si bien que cela paraissait bizarre à François. Pourquoi étaient-ils si aimables alors que, jusqu’à présent, François ne s’était jamais bien intégré dans un groupe ? Le jeune homme se posait ce genre de questions en travaillant. Chaque jour, il n’espérait qu’une chose, être au Service à Table (SAT). Il adorait apporter les plateaux aux clients et s’occuper de  la propreté du lobby. Son travail consistait à changer les poubelles, nettoyer les tables, passer la balayette sur le sol, rapporter les plateaux à la plonge, ramasser tout ce qui trainait, et enfin apporter les commandes. François trouvait cela bien plus simple que de préparer les commandes au comptoir à une vitesse folle. Heureusement, Déborah l’avait bien compris, et pratiquement chaque jour, François se retrouvait au SAT. C’était devenu une convention, si bien que ses collègues avaient prit l’habitude de l’appeler à chaque fois qu’une commande était prête. François lâchait alors son chiffon ou sa balayette se se précipitait pour apporter la commande aux clients.
Tout semblait se passer pour le mieux pour François, qui avait finalement trouvé son meilleur job d’été. Il y avait cependant deux détails qui le laissait perplexe. Le premier, c’était l’hatitude étrange de ses collègues, qui le regardaient parfois bizarrement, comme s’ils attendaient quelque chose de lui. La deuxième était le fait que, bien que nous étions en plein mois de Juillet, il pleuvait assez souvent depuis qu’il avait commençait à travailler. En fait, il pleuvait presque tous les jours où il travaillait et beaucoup moins lors de ses jours de congé (le jeudi et le vendredi). François, qui était un étudiant scientifique dans l’âme, n’expliquait pas ce phénomène et cru plutôt à une coïncidence. Le plus étrange était que l’eau de pluie était étonnamment froide et semblait sortir tout  droit de l’automne. Quant aux collègues, ils semblaient ne pas y faire attention.
C’est un mercredi soir que François assista à quelque chose auquel il n’aurait pas dû assister. Alors qu’il était minuit et qu’il allait débaucher, il entendit malgré lui un bout de conversation entre Eléa et Lauriane. Cette conversation l’intrigua.
- Tout est prêt ? demanda Lauriane à Eléa.
- Ne t’inquiète pas, Déborah à tout prévu. Le sacrifice se fera dans les temps.
- Je vais me préparer.
- Et François ?
- Déborah a dit la semaine prochaine.
Les deux filles, qui n’avaient pas remarqué la présence de François, disparurent dans la cuisine. François décida de les suivre discrètement. Il se cacha derrière le comptoir et observa. Lauriane et Eléa s’y prirent à deux pour bouger un réfrigérateur qui cachait une porte. Eléa sorti une clef de sa poche et ouvrit la porte. François sorti de sa cachette et essaya d’ouvrir la porte, le plus discrètement possible. Hélas, les filles avaient fermé derrière elles. François ne savait plus s’il devait rentrer chez lui ou essayer d’en savoir plus. Une voix dans sa tête lui soufflait de s’en aller pendant qu’il en était encore temps, mais sa curiosité le forçait à écouter à la porte. Pendant cinq minutes, il n’entendit rien. Au bout d’un moment, il entendit une mélodie venant probablement d’une sorte de tambour, puis une sorte d’instrument à vent qu’il n’identifia pas. Il entendit alors d’étranges paroles prodiguées dans une langue qui lui était inconnue, mais qui se firent entendre de plus en plus fort. C’est alors que résonna un effroyable cri qui ressemblait beaucoup à la voix de Marie, la collègue qui ne l’aimait pas. Puis, plus rien. Rien pendant 5 minutes. François sentit que quelqu’un s’approchait de la porte et allait l’ouvrir. Il se précipita hors du restaurant et alla se cacher dans sa voiture. Il se rendit compte que si les collègues voyaient sa voiture, ils saurait qu’il était resté. François démarra aussi vite qu’il le pu et quitta les lieux. Que venait-il d’entendre ? Lauriane et Eléa avait parlé de sacrifice…se pourrait-il que…? Non, ça ne pouvait pas être vrai. Pourtant, ce cri…Il avait peut-être rêvé toute cette histoire…et pourtant, non.

Les deux jours qui suivirent étaient les jours de congé de François, mais il ne pu s’empêcher d’aller au restaurant pour savoir comment allait Marie. Il ignora la pluie et entra dans le fast-food tout trempé. Lauriane lui dit que Marie était en congé, ce qui ne surprit guère François. Il prit un petit menu pour cacher ses véritables intentions qui étaient de vérifier si Marie était bien là. Il se força à manger bien qu’il n’ait pas faim, puis parti. Une fois chez lui, il entrepris de faire quelques recherches sur ses collègues…avant de se rendre compte qu’il ne connaissait aucun nom de famille. Il fit alors une recherche sur le restaurant en lui-même, et découvrit une information intéressante : avant la l’implantation de celui-ci, le bâtiment était un lieu de culte religieux dirigé par une secte appelée le Renouveau. François ne trouva que très peu d’informations sur cette secte, mais il semblait qu’elle vénérait une sorte de Diable et que, chaque mois, un rituel était organisé en l’honneur de cette entité. Malgré ses recherches approfondies, François n’en su pas plus.

Un deuxième jour passa et François ne cessait de cogiter. Une infime partie de lui refusait de croire en ce qu’il avait entendu mais il ne pouvait que se rendre à l’évidence : ses collègues avaient sacrifié Marie en l’honneur de leur Diable adoré. Et peut-être serait-il le prochain…François pensait démissionner, mais il décida d’en savoir plus. Le lendemain, il demanda donc à Déborah ce qu’il savait déjà :
- C’était quoi, ce bâtiment, avant ?
- Je ne sais pas, je ne suis arrivé qu’il y a 3 ans.
- J’ai entendu dire qu’il y avait une sorte de secte…
- Jamais entendu parler.
Après la conversation, François se rendit compte qu’il venait de faire une erreur grave.
« Quel idiot ! » s’exclama-t-il à voix basse pendant qu’il nettoyait une table. Maintenant qu’il avait parlé de la secte, ils allaient se rendre compte qu’il savait quelque chose. Il venait peut-être de signer son arrêt de mort… Déborah lui avait lancé un étrange regard lorsqu’il avait parlé de la secte. Elle ne sembla pas cependant en avoir parlé aux collègues car ceux-ci avaient toujours la même attitude vis-à-vis de lui. Une attitude trop sympathique, trop aimable.
François alla s’adresser à la fille dont il se sentait le plus proche, Eléa, et lui posa la question suivante :
- Marie est en congé, c’est ça ?
- C’est ce qu’on m’a dit, oui, depuis avant-hier.
- Quand reviendra-t-elle ?
- Ça je ne sais pas, il faut demander à Déborah.
Elle savait visiblement quelque chose, ça se voyait dans ses yeux. Après tout, c’était elle qui avait parlé avec Lauriane de cette histoire de sacrifice. François pensait qu’il était temps de démissioner avant d’être le prochain sur la liste. Il chercha Déborah du regard mais elle semblait introuvable. Il alla donc la trouver dans le bureau des managers.
- Que veux-tu ? demanda-t-elle.
- Je me demandais si je pouvais…arrêter là.
- Arrêter quoi ? répondit-elle avec agacement.
- Mon contrat. J’aimerais partir.
Déborah le regarda comme si elle venait de comprendre qu’il savait tout. François se dit qu’il venait de se faire griller en beauté.
« Et pourquoi ça ? » demanda Déborah.
François trouva rapidement un mensonge à dire.
- J’aimerais consacrer mon temps libre à la préparation de ma licence pour la rentrée.
- Vraiment ? Eh bien, si c’est ce que tu veux, nous mettrons fin à ton contrat dès aujourd’hui. Je suppose que tu ne vois pas d’inconvénient à finir la journée.
François y voyait effectivement un inconvénient, mais se tut. Il reprit le travail jusqu’à 19h, l’heure  de sa pause. Au moment de « dépointer » (c’est à dire de passer sa carte pour signaler que l’on va en pause), Déborah lui demanda de la rejoindre dans son bureau. François accepta avec appréhension. Cette appréhension était justifiée car dès lors qu’il entra dans le bureau, il senti une forte douleur derrière sa tête…puis, plus rien.
Ce fut le contact des goutelettes de pluie gelée qui réveilla François. Il se rendit vite compte, en essayant de bouger ses mains, qu’il était attaché à une chaine, à l’extérieur du restaurant. Il ouvrit les yeux et vit qu’il était sur le parking du fast-food. Il n’y avait plus aucune voiture et François en déduit qu’il était tard dans la nuit. Autour de lui, tous ses collègues étaient rassemblés, avec une vieille femme que François n’avait jamais vu et qui était habillée d’une robe de cérémonie rouge. Déborah portait la même robe, mais bleue et les autres collègues portaient une robe cérémoniale un peu différente qui était noire. Aux pieds de chacun, se trouvait un masque blanc avec seulement deux petits trous pour les yeux. Lorsque la vieille leva son unique bras (l’autre s’arrêtait au coude), tout le monde mit son masque sur le visage, excepté la vieille. Celle-ci s’avança vers François (car elle était en face de lui), et l’observa sans dire mot. Elle était d’une laideur épouvantable. Elle ouvrit la bouche, d’où sortit un liquide verdâtre, puis vomit une quantité astronomique de bile sur François qui hurla de dégoût et de douleur (le vomi était en effet très chaud). Tous les autres prononcèrent un mot incompréhensible pour François (du latin ?) et la vieille femme se recula. Déborah prit la parole :
« Il aura fallu que tu creuses jusqu’au bout. Nous ne voulions pas te sacrifier tout de suite, mais ton heure a sonné. Adieu. »
Tous les collègues prononcèrent, de manière répétée, une phrase dans cette même langue inconnue à François, puis la vieille dame sorti de sa robe une patte d’animal (une patte de poulet ?) et la brula avec une allumette. Tout en continuant de répéter leur phrase, tous les collègues ainsi que la vieille s’avancèrent vers François qui hurlait « Au secour ! ». La pluie se faisait de plus en plus torentielle et François avait l’impression qu’elle était de plus en plus froide. Chaque collègue sortit un couteau de leurs robes et la vieille sorti une hache. François eu le temps d’émettre un dernier souhait…que ça se termine au plus vite.

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Nouvelle – Les choses de la cave

cave

LES CHOSES DE LA CAVE

Alfonse se disait ce soir-là qu’il avait fini par s’habituer à la solitude. Depuis la mort de sa femme et de son fils de 10 ans, il s’était abstenu de garder tout contact avec le monde extérieur, y compris ses voisins à qui il refusait de parler. Pourquoi vouloir créer des liens si c’est pour souffrir ? On est plus heureux tout seul, telle était sa philosophie. Ce soir, il venait de terminer une maquette de squelette de dinosaure – les maquettes étaient son passe-temps depuis qu’il était seul. Il en était plutôt fier. Il alla ensuite se servir un verre d’eau. Il ne buvait pratiquement plus que des verres d’eau depuis qu’il était seul à occuper la maison. La mort de ses proches avait au moins eu le mérite de lui faire arrêter l’alcool. La sonnette de sa porte d’entrée retentit. Alfonse détestait quand cela arrivait…Ne pouvait-on pas le laisser tranquille ? Il regarda par le judas. C’étaient ces satanés voisins. Que voulaient-ils encore ? Alfonse envisagea d’abord de feindre son absence, mais il se dit que les voisins l’avaient probablement entendu s’approcher de la porte. De plus, il était légèrement curieux de savoir ce qu’ils voulaient. Il ouvrit. C’était un couple. L’homme, Martin, avait la trentaine et était plutôt beau gosse. Sa femme, Marie, devait avoir 25 ans et était également séduisante. Alfonse jalousait leur jeunesse et leur beauté.
- Bonjour monsieur Beaudard dit Martin.
- C’est pour quoi ? demanda froidement Alfonse.
C’est Marie qui répondit :
- Alors voilà, nous savons que vous venez de traverser une épreuve difficile, et nous aimerions vous aider d’une manière ou d’une autre. Alors voilà ce que nous pro…
- Je n’ai pas besoin d’aide ! rétorqua Alfonse en claquant la porte.
Il observa le couple s’éloigner par le judas. C’était un monde tout de même, il leur avait déjà dit la semaine précédente qu’ils préféraient être seul.
La nuit tombait. Alfonse regarda la télévision pendant une petite heure et parti se coucher. Il vivait dans une grande maison en pleine campagne. Cela lui convenait parfaitement. Il ne pouvait pas rêver un meilleur isolement. Le seul nuage était ces voisins pénibles qui ne pouvaient pas s’occuper de leurs affaires.
Alors qu’il s’apprêtait à s’endormir, Alfonse entendit une vibration sur sa table de chevet. C’était son téléphone portable. Qui pouvait bien lui envoyer un sms à minuit ? Il saisit l’objet et plissa les yeux pour déchiffrer le message qu’il venait de recevoir. Il parvint à lire « Je t’attends dans la cave. ». Alfonse mit quelques secondes avant de réaliser que la personne qui lui avait envoyé ce message était…sa femme décédée. Il regarda longuement le nom inscrit au dessus du sms, c’était bien celui de Sonia. Alfonce fronça les sourcils et reposa le téléphone, se disant qu’il s’agissait d’une blague de la part de quelqu’un assez doué pour pirater les téléphones. Cela ne pouvait être que ça…quoi d’autre ?
Il entreprit de s’endormir, mais environ un quart d’heure plus tard, le téléphone vibra à nouveau. « Je t’attends dans la cave. ». L’expéditeur était cette fois-ci son fils. Alfonse s’avoua à lui-même qu’il ne comprenait pas tout ce qui était en train de se passer. Il se leva et, sans trop savoir ce qui le poussait à le faire, alla se munir d’une lampe de poche et ouvrit la porte de la cave. Il descendit lentement les escaliers, éclairé par le faible rayon de sa lampe, puis le promena autour de lui afin d’essayer de distinguer quelque chose. Il n’y avait que de vieilles affaires mal rangées, reposant sur une épaisse couche de poussière au milieu de toiles d’araignées. Rien de plus.
Alfonse entreprit de remonter dans la salle à manger lorsqu’il cru voir une ombre passer à toute vitesse devant le faisceau de sa lumière, devant le berceau qui avait été celui de son fils et qui moisissait maintenant dans la cave. Il se dit immédiatement que son imagination lui jouait des tours et, préférant ne pas en savoir plus, il remonta les escaliers. Sur la dernière marche avant d’atteindre la salle à manger, se trouvait un lapin en peluche. Afonse reconnu immédiatement celui de son fils quand il était petit. Il était persuadé que cette peluche n’était pas là quand il était descendu dans la cave, quelques minutes avant. Alors, que faisait-il ici ? Le mystère restait entier. Il prit la peluche sous son bras, sortit de la cave et s’assura de bien en fermer la porte. Il decida d’aller se servir un verre d’alcool. Il savait que ce n’était pas une bonne idée, mais il avait besoin de se détendre après ce qu’il venait de vivre. Ce qui venait de se passer était tout simplement impossible, et il le savait. Il n’avait pas pu voir cette ombre qui ressemblait à la silhouette de sa femme, ni cette peluche qui était celle de son fils. Pourtant, elle était bien dans sa main.
Alfonse se servit un verre de rhum qu’il mélangea avec du sucre et un morceau de citron et le bu rapidement. Il alla alors à nouveau se coucher mais entreprit de vérifier son portable avant. Pas de message. Il s’en retrouva soulagé, mais impossible de faire taire cette angoisse qui naissait en lui. Impossible, donc, de s’endormir. Au bout d’une heure, il entendit quelqu’un toquer à une porte. Qui cela pouvait-il être à une heure pareille ? Il se leva, et se dirigea vers la porte d’entrée lorsque les coups retentir à nouveau et Alfonse se rendit compte qu’ils ne venaient pas de la porte d’entrée mais de la porte de la cave. Il resta pétrifié lorsque les toquements se firent à nouveau entendre, plus fort. Il ouvrit la porte de la cave, et descendit à nouveau les escaliers. Rien. Si…le berceau semblait avoir légèrement changé de place, comme si quelqu’un l’avait bougé. C’est alors que pendant un instant très bref – pas plus d’une seconde – Alfonse cru voir sa femme en robe blanche, en train de bercer un bébé dans le berceau. Elle avait les yeux entièrement noirs et sa peau était aussi pâle que celle d’un vampire. Alfonse n’eut pas le temps de distinguer ce qu’il y avait dans le berceau, tant l’hallucination – car ça ne pouvait être que ça – fut brève. Il remonta les marches de la cave en courant et ferma la porte à clef. Il commença tout juste à réaliser qu’il avait peut-être vu des fantômes, ou alors, peut-être devenait-il fou. L’un ou l’autre.
Il retourna dans sa chambre pour regarder son portable. Deux messages. Le même message de la part de sa femme et de son fils : « Nous t’attendons. » Alfonse se demanda un instant s’il ne devait pas appeler la police, mais s’y résigna aussitôt. Que pouvait-il leur dire ? Que sa famille décédée lui envoyait des messages et l’attendait dans sa cave ? Lorsqu’il retourna dans sa cuisine pour se servir un autre verre, il passa devant la photo de famille et se rendit compte que quelque chose avait changé. Lui était intact mais sa femme et son fils ressemblaient désormais à des cadavres en putréfaction, avec les yeux entièrement noirs. Alfonse cacha la photo et tenta de reprendre ses esprits. On toqua de nouveau à la porte de la cave, mais Alfonse n’ouvrit pas. C’est alors que la voix de sa femme retentit dans l’air. « Ouvre la porte », murmurait-elle. « Oui, papa, ouvre la porte de la cave. » fit ensuite la petite voix aigue de son fils.
« Laissez-moi tranquille ! » criait Alfonse. « Je ne veux pas ! ». Les voix étaient en train de l’appeler « Alfonse…Papa…Alfonse… »
C’est alors qu’Alfonse distingua la silhouette de sa femme et de son fils à travers la porte de la cave. Il aurait reconnu ces silhouettes entre mille. Elles se tenaient par la main. Les voix se faisaient toujours entendre. Quant à la photo de famille, elle s’était remise droite toute seule et la femme et le fils d’Alfonse ressemblait toujours à des cadavres vivants. Cette fois-ci, cependant, la photo semblait saigner. Du sang en coulait abondamment et se répendait sur le meuble sur lequelle elle était posée.
En proix au désarroi et à la terreur, Alfonse finit par ouvrir la porte de la cave. En haut des marches, se trouvaient Valérie, la femme d’Alfonse et Anthony, son fils. Tous deux ressemblaient à des cadavres vivants, dévorés par des vers qui avaient formé une colonie dans leurs orbites et qui tombaient de leurs bouches. Alfonse distingua également quelques cafards courant sur leurs corps.
« Tu as assez souffert comme ça, Alfonse, il est temps de nous rejoindre. »

EPILOGUE
Le lendemain, les voisins Marie et Martin toquèrent à la porte d’entrée d’Alfonse mais celui-ci ne répondit pas. Personne ne répondit. Il n’y avait plus personne dans la maison. Il y avait cependant une photo de famille. Elle représentait trois cadavres le sourire aux lèvres.

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Nouvelle – Mère de larmes

mère

Mère de larmes
1
Harry se sentait d’une humeur mélancolique, ce soir. Cela faisait déjà trois heures – d’après sa montre – qu’il avait fugué de chez sa mère pour se ballader au bord de la mer et il n’éprouvait toujours pas le moindre regret. Il faut dire que sa mère lui en avait fait voir des vertes et des pas mûres. Pendant des années, elle n’avait cessé de lui mentir sur tellement de choses, de le faire voler des choses au supermarché du coin, de la gater inlassablement comme pour acheter son amour et bien d’autres choses dont Harry ne garde que de vagues souvenirs, qui pourrissent au fil du temps. Ce soir-là, ce fut la fois de trop. Harry était tombé par inadvertance sur des photos assez particulières en consultant l’ordinateur de sa mère. Des photos d’elle. Nue. En plein ébat amoureux. Harry n’aurait jamais imaginé que le fait de voir sa mère faire l’amour provoque chez lui un tel sentiment de dégoût, mêlé à une rage profonde. Cette fois, c’en était trop. La dernière fois qu’Harry avait voulu fuguer, c’était après avoir vu une photo de sa soeur de quatre ans nue avec les mots « Un rendez-vous pour l’amour » écrit au dessus d’elle, sur le blog de sa mère. Comment une femme pouvait-elle faire ça à son enfant ? Harry se le demandait encore.
Alors qu’il se promenait, seul, devant l’immensité de l’eau, Harry songeait à ce qu’était finalement une mère. Une vraie mère. Pouvait-on tout lui pardonner sous prétexte qu’elle nous avait porté et mis au monde ? Harry commençait à en douter. Pour lui, il était clair que la femme qui lui avait donné la vie n’était pas sa mère. Pour lui, il n’avait pas de mère.
Harry s’arrêta de marcher et contempla la mer. Il mourrait d’envie de sauter dedans et de s’abandonner aux plaisirs de la baignade. Cependant, il se voyait mal rentrer avec ses vêtements tous trempés. De plus, elle devait être froide à cette heure-ci.
« Tu lui en veux, n’est-ce pas ? »
Cette voix…Harry l’avait déjà entendu quelque part, mais impossible de se souvenir où. Il se retourna, et vit un grand homme habillé d’un long manteau noir et d’une capuche lui cachant le visage – même si on aurait pu le distinguer s’il ne faisait pas si sombre.
- C’est à moi que vous parlez, monsieur ? demanda Harry.
- C’est à toi que je parle. C’est ton père qui m’envoit.
Harry n’avait pas eu de nouvelle de son père depuis qu’il avait 7 ans, lorsqu’il était partit.
- Mon père ? Comment ça ?
- Peu importe. Je suis là pour t’offrir la possibilité de te venger de celle qui est responsable de tous tes tracas.
- Je ne comprend rien à ce que vous me racontez.
- C’est pas grave. Tu n’as pas besoin de comprendre. Tu as juste besoin de lire ces mots à haute voix.
L’homme au manteau tandis à Harry un petit papier rouge. Harry le saisit et, malgré l’obscurité, parvint à lire ce qu’il y avait d’écrit.
- C’est du charabia, non ?
- Si on veut.
- Et qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ?
- Je veux que tu rentres chez toi et que tu prononces ces mots à haute voix devant ta mère. Tu comprendras à ce moment-là.
C’est alors que l’homme au manteau tourna les talons et s’éloigna d’Harry. Harry le vit s’éloigner puis…il avait comme disparu. Harry se dit que c’était l’obscurité qui donnait cette impression, que les gens ne pouvaient pas disparaitre comme par magie, mais cette façon de s’en aller le laissa perplexe. Il hésita à jeter le papier dans l’eau. Après tout, ce ne devait être que de belles foutaises, prodigué par un malade mental. Pourtant, comment expliquer qu’il savait qu’Harry en voulait à sa mère ? Connaissait-il cet homme ? C’est ton père qui m’envoit.
Harry décida finalement de ranger le papier rouge dans sa poche et de rentrer chez lui. Il ne croyait pas aux sornettes prodiguées par l’homme au manteau, mais une partie de lui avait envie de savoir…de vérifier.

2
La mère d’Harry était endormie lorsque ce dernier rentra dans la maison (Harry se dit que sa fugue ne l’avait donc pas inquiété plus que ça). Sa soeur aussi, visiblement. Harry avait avait envie d’en faire autant, mais une autre envie se cachait en lui. Il fallait qu’il essaye. Il fallait qu’il sache. Il fallait qu’il lise les mots à haute voix. Que risquait-il ? Il y avait 99% de chances que rien ne se passe…mais qui sait…peut-être la magie existait-t-elle, après tout. Il n’y avait rien à perdre. Après quelques secondes d’hésitation, il entra dans discrètement dans la chambre de sa mère, sans la réveiller. Il sortit le papier rouge de sa poche, et il lu à haute voix :
« Mori cupio est »
Comme Harry s’y attendait, rien ne se passa. Sa mère dormait toujours d’un sommeil profond, au point que les trois mots prononcés à voix haute ne l’avaient pas réveillée. Le jeune homme quitta la chambre et jeta le papier rouge à la poubelle. Il regarda la télévision pendant une petite heure – ils rediffusaient des sketchs des Inconnus – puis alla se coucher.
Il mit plusieurs heures avant de s’endormir. Sa nuit fut hantée de plusieurs cauchemars durant lesquels il vit une énorme bête féline roder dans sa maison, prête à bondir sur tout ce qui bougeait. Plus gros qu’un tigre, plus svelte qu’un guépard. Une créature d’outre-tombe.
Le lendemain, Harry ne réveilla pas avant 13 heures. Le souvenir de ses rêves monstrueux était flou mais il visualisait pourtant très bien le fauve. Il sortit de son lit, alla dans la cuisine et fut surpris de constater que sa mère n’avait pas fait à manger. Il ne trouva que sa petite soeur de 5 ans, qui lui demanda où était leur maman. Harry alla toquer à la porte de la chambre de sa mère, mais personne ne répondit. Il ouvrit alors la porte.
Harry mit quelques secondes avant de réaliser ce qu’il avait sous les yeux. C’était tellement improbable, impossible, que son esprit ne parvenait pas à savoir s’il rêvait encore ou non. Pourtant, ce qu’il avait devant lui était tout ce qu’il y a de plus réel. Le cadavre ensanglanté de sa mère était allongé en étoile de mère sur le lit, le ventre déchiqueté par une large griffure. Le sang recouvrait les draps, le sol, les murs – c’est incroyable tout ce que le corps humain peut contenir comme sang. Sur les murs également, et même au plafond, se trouvaient des traces de griffure gigantesque. Harry pensa au fauve qu’il avait vu dans ses rêves, mais d’après les traces, la créature devait être au moins aussi grosse d’un ours.
La petite soeur d’Harry se tenait derrière lui.
« Harry, pourquoi t’as tué maman ? »

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Nouvelle – En ce lieu, des vers

vers-de-farine

EN CE LIEU, DES VERS

Vous savez, je n’ai encore raconté cette histoire à personne. Je profite de ce moment de solitude pour écrire ces quelques lignes histoire de laisser une trace de mon passage. Car c’est tout ce que je laisserai…ça et mon cadavre.
C’est arrivé le soir dernier, alors que je mangeais des spaghettis bolognes. Je dinais, comme chaque soir depuis trois ans, seul. C’est le cas depuis que j’ai quitté le domicile familiale et que je dirige ma vie moi-même. Bref, je mangeais tranquillement, lorsque je sentis quelque chose bouger dans ma bouche…quelque chose de vivant. Pris de panique, je recrachai machinalement ce que j’avais dans la bouche dans mon assiette, et vit un petit ver gigoter au milieu de mes spaghettis. Je poussai un cri de dégoût – et dire que j’avais eu ça dans la bouche. Il me fallu bien quelques secondes pour réaliser ce qui était en train de se passer devant moi. Il n’y avait pas qu’un ver dans mes pâtes, il y en avait au moins une bonne dizaine. Et dans mon verre d’eau…des vers aussi. Des vers partout…partout. Sur la table, par terre, sur les meubles de la cuisine. Ils semblaient se multiplier à vue d’oeil, et je ne sais comment. Je quittai donc la cuisine en courant et allumai la lumière du salon pour réaliser que d’autres vers avaient atteint la pièce. Ils étaient sur la table devant la télé, sur le canapé, sur la moquette. D’horrible vers blanchâtres qui remuaient de façon aléatoire. Je commençai naturellement à paniquer. D’où venaient-ils ? Comment avaient-ils pu envaïr ma maison en si peu de temps ? J’allai vite vérifier les toilettes – non sans écraser quelques uns de ces salopards sur mon chemin – et découvrit une énorme masse blanchâtre de vers dans la cuvette des WC, telle une pelotte de laine vivante. Il y en avait au moins autant dans le lavabo, et je les voyais sortir par le robinet. Je sentis alors quelque chose bouger dans mes cheveux…et réalisai bien vite qu’ils tombaient du plafond. J’entrepris de sortir de la maison, c’était la meilleure chose à faire, mais lorsque j’ouvris la porte d’entrée, je découvrit un jardin entièrement envahi de vers. Ils recouvraient la pelouse, le paillasson, tout ! Je réalisai alors qu’ils n’avaient peut-être pas encore atteint le premier étage – où se trouvait ma chambre. Je vis alors qu’ils commençaient à grimper par les escaliers, mais qu’ils n’en étaient qu’à la première marche. Je les devançai et parti m’enfermer dans ma chambre. C’est là que j’ai pu écrire ces quelques lignes. Mais le temps presse, ils sont déjà là, à ma porte. Je les entends gigoter. Il est temps pour moi de poser ma plume.

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Nouvelle – Elles

elles novélisation

ELLES (novélisation)

Chapitre 1 – Debut de soirée

La soirée n’avait pas encore commencé que déjà, Damien se sentait extrêmement nerveux. Il savait que ses amis (si on peut parler d’amis) allaient venir le chercher d’une minute à l’autre et il se sentait loin d’être prêt. Il n’avait jamais vraiment passé de soirée dans un bar et l’idée l’enchantait guère. Il avait accepté suite à l’insistance de ses deux amis, Brittany et Julien, qui trouvaient qu’il devait s’amuser davantage. Damien savait s’amuser, mais à sa façon. Sa passion, c’était la photographie. Il ne sortait jamais sans son appareil et prenait des photos de tout et n’importe quoi. Il trouvait cela bien plus intéressant que d’aller se saouler dans un bar. A vrai dire, Damien n’aimait pas vraiment la compagnie des autres. Il se forçait à sourire chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un mais, en fin de compte, il se sentait bien mieux dans la solitude. Les autres ne lui avaient jamais vraiment fait de bien, au contraire. Depuis l’école primaire, ils s’étaient toujours moqués de son handicap – et ceux qui ne se moquaient pas de lui adoptaient une attitude qui déplaisait encore plus à Damien : l’hypocrisie. Damien était en effet un jeune homme tétraplégique, en fauteuil roulant. Il n’avait jamais marché. Cela avait fait fuir son père à sa naissance. Quant à se mère, elle était toujours restée distante avec lui, si bien que l’affection était quelque chose d’étranger à Damien. Il vivait désormais seul dans un appartement à Nice, pour ses études en audiovisuel. Il est vrai qu’à 20 ans, les autres avaient passé l’âge de se moquer des handicapés et personne, dans son école, ne s’était réellement moqué de lui. Mais ils avaient toujours ces regards…Damien les détestait.
La sonette de sa porte retentit. Ce devait être Brittany et Julien. Damien soupira. Il aurait préféré qu’ils oublient de passer le chercher, ce qui lui aurait permis de passer la soirée seul, chez lui, loin du regard du monde. Il leur ouvrit néanmoins la porte.
- T’es prêt ? demanda Julien.
- Il faut bien ! rétorqua Damien avec un sourire forcé.
- C’est partit alors !

Chapitre 2 – A la plage

Julien avait demandé à Damien de lui faire quelques photos avant d’aller au bar. Damien improvisa donc un shooting au bord de la mer.
- C’est bon, vous pouvez bouger, j’ai pris la photo, dis Damien.
- Okey, merci vieux ! Bon allez, pose ce gros machin, on y va ! répondit Julien.
- On va où, déjà ?
- Dans un endroit qui t’est pas très familier.
- Tu sais les bars c’est pas trop mon truc.
- Taratata, tu as dit que tu venais avec nous, tu viens. Eh puis, on sait jamais, peut-être que ce soir, c’est ton soir.
Damien savait ce que Julien voulait dire par là. Contrairement à Julien, il n’avait jamais rien fait avec une fille – comment le pourrait-il ? Il n’avait jamais eu la moindre relation depuis sa naissance. Les filles étaient quelque chose de complètement étranger pour lui, et il savait que ce serait ainsi toute sa vie. Il s’y était résigné. De toute façon, il n’en avait pas vraiment envie. A vrai dire, les filles lui faisaient peur.
Julien poussa Damien jusqu’au bar « Melvin ». Plus ils se rapprochaient, plus Damien sentait l’angoisse monter en lui.

Chapitre 3 – Au bar

Arrivé devant le bar -d’où régnaient une atmosphère anormalement rouge -, Damien observa les gens qui sirotaient leur verre.
- Je t’assure, c’est vraiment pas mon élément, tout ça, dit-il à Julien.
- Ecoute tes plus au lycée, c’est le monde extérieur maintenant. Il est temps que tu sors de ta bulle !
Damien n’aimait pas vraiment Julien, ni Brittany. Il restait avec eux car c’étaient les deux seules personnes qui acceptaient de passer du temps avec lui mais il détestait les réflexions et les sous-entendus de Julien. Quant à Brittany, elle ne disait jamais rien, mais se contentait de béquoter Julien dès qu’elle le pouvait. Damien trouvait cela irrespectueux.

Dans le bar, assises à une table ronde, se trouvaient deux jeunes filles aux yeux bleus, aux cheveux noirs et lisses, et habillées toutes les deux en robes noires. Elles se regardaient sans dire mot.
Damien, Julien et Brittany, entrèrent chez « Melvin ». Damien ne manqua pas de remarquer les regards intrigués des autres. C’était toujours la même chose, chaque fois qu’il pénétrait dans un lieu inconnu. Le comptoir se situait au bout du bar, et Damien dû se faire pousser sur toute la longueur de la salle, passant devant chaque personne qui feignaient l’indifférence.
« Deux bières. » demanda Julien arrivé au comptoir.
Damien se sentait trop petit, assis sur son fauteuil, devant le comptoir trop haut. Il cria presque « Pour moi ce sera un cocktail, s’il vous plait ! »
Il se retourna vers ses deux amis qui, déjà, se bécotaient. Comme chaque fois qu’ils le faisaient, Damien se sentait gêné. Il avait l’impression que ses deux amis oubliaient sa présence.
« Bon, moi je vais chercher une table », dit-il, sans obtenir la moindre réaction de la part de ses amis.
Il roula dans le bar et tomba sur la table de l’une des jeunes filles en noir qui le regardait. Cependant, Damien remarqua que son regard était différent de ceux des autres. Il n’y avait pas de mépris, ni de dégout. Elle le regardait comme elle aurait regardé n’importe qui d’autre, et surtout, elle lui souriait. Combien de filles avaient souris à Damien au cours de son existence. Mais ce qui le pétrifia avant tout, fut la beauté de cette jeune fille. Il n’avait peut-être jamais vu de fille aussi belle de sa vie. Voyant qu’elle le regardait toujours, Damien ne savait pas quoi dire. Il laissa échapper un « Bonjour » presque inaudible. Il senti alors demain se poser sur ses épaules et une voix lui murmura à l’oreille :
« C’est tes yeux qui ne vont plus marcher à force de reluquer mon ami comme ça ».
Damien se retourna, et vit une fille encore plus belle. Elle était elle aussi habillée en noir, avec les cheveux noirs. Elle s’assis à côté de la première fille et les deux lui firent signe de venir les voir. Damien s’exécuta et se retrouva bientôt à leur table. Ces deux filles étaient si parfaites qu’il se demanda si ce n’était pas un rêve.
- Moi c’est Marie, dis celle de gauche.
- Et moi, Carrie, dit celle de droite.
- Tu as l’air perdu à rouler comme ça au milieu du passage, reste ici, il y a une place, dit Marie.
- En fait…je cherchais une table, bégaya Damien.
- Tu viens d’en trouver une, dis Carrie.
- En fait…je cherchais pour trois personne, je suis venu avec des amis et…
- Je ne vois personne d’autre, répondit Marie.
- Ben…heu…si, regarde…
Damien se retourna vers le comptoir, espérant y voir Julien et Brittany. Il les vit allongés l’un sur l’autre sur le comptoir, en train de se bécoter avec fougue et sensualité. Le barman ne semblait pas les remarquer. Personne ne semblait les remarquer sauf Damien. Il remarqua une rose blanche, posée sur le comptoir, devant eux.
Damien se retourna vers les deux beautés qui lui souriaient, l’air satisfait.
- Alors tu fais quoi dans la vie ? demanda Carrie.
- D…Des photos.
- C’est ton métier ? demanda Marie.
- Non c’est un passetemps, un hobby…je suis étudiant en audiovisuel, sinon.
Sur ce, Damien, se retourna vers ses deux nouvelles amies. Il remarqua que l’ambiance autour de lui devenait de plus en plus rouge. Marie et Carrie, en revanche, gardaient une couleur de cheveux d’un noir profond et des yeux d’un magnifique bleu. Damien remarqua alors qu’il n’y avait plus personne d’autre dans le bar, à part Marie, Carrie, Brittany, Julien, le barman et lui-même. Toutes les autres tables étaient subitement vide.
Damien se retourna à nouveau vers le comptoir. Julien était toujours sur Brittany, mais avait enlevé son t-shirt. Brittany était désormais en soutien-gorge et la rose était désormais rose. Le barman continuait à laver des verres comme si de rien était.

Chapitre 4 – Cauchemar

« Sois pas timide…reste avec nous », dirent Marie et Carrie en même temps. Damien se retourna. Les deux filles avaient maintenant les yeux blancs, sans pupille et du sang coulaient de leurs yeux. Leurs ongles étaient maintenant des griffes et, dans leurs assiettes, nageaient des asticots.
Damien voulu d’abord fuir, mais quelque chose empêchaient ses roues de bouger. Il baissa les yeux, c’était du sang qui colaient ses roues au sol.
« T’es tout maigre, dit Carrie, tiens, tu n’as qu’à finir mon assiette, je te l’offres. »
Elle lui tendit son assiette où une centaine d’asticots gigotaient. Au milieu de l’assiette se tortillait un énorme ver qui ressemblait à s’y méprendre à un pénis vivant.
« T’as pas l’air de manger souvent, dit Marie, mange. »
Elle lui tendit une fourchettée de son assiette, qui contenait, en plus des asticots, une sorte de vulve vivante qui gigottait.
Damien n’avait qu’une envie, fuir. Ses roues étaient solidement collées au sol. Marie lui continuait de lui tendre un morceau de nourriture sur lequel se déplaçaient des asticots.
Carrie se leva.
« Tu sais pas encore comment t’y prendre…on va t’aider. »
Elle alla derrière lui pour lui tenir les bras. Marie s’avança vers lui tout en restant assise. Elle lui tendait toujours sa fourchettée.
Derrière Damien, Julien et Brittany faisaient l’amour sur le comptoir. Le barman nettoyait la rose qui était maintenant rouge et pleine de sang. Il avait également du sang qui lui coulait des yeux.
Sans qu’il puisse expliquer pourquoi, Damien finit par ouvrir la bouche et avala la part que lui tendait Marie. Il sentit l’asticot se mouvoir dans sa bouche, puis avala avec une grimace. Les deux filles sourirent de satisfaction. Déjà, Marie lui tendit une autre part, qu’il avala également.
Les deux filles avaient maintenant de grandes dents pointues, qu’elles exhibaient en ricanant, pendant qu’elles donnaient à manger à Damien.
« C’est toujours un peu dégueu, la première fois. » fit Carrie en lui tenant toujours les bras.
Damien avait des asticots plein la bouche. Il avala avec énormément de difficulté et fini par terminer l’assiette de Marie – celle qui contenait les vulve vivante. Marie lui tendit alors l’assiette de Carrie, où gigotait toujours le ver géant en forme de phallus.
Derrière lui, Brittany et Julien faisaient toujours l’amour.

Chapitre 5 – Fin de soirée

La porte d’entrée de l’appartement de Damien s’ouvrit timidement. Damien entra dans son appartemment avec difficulté. Il roula jusque dans sa chambre et se leva de son fauteuil.
« Quelle soirée…j’aurais dû prendre leurs numéros. »

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Nouvelle – Alessa

Alessa

ALESSA

Ce n’étais pas la première fois qu’Alessa se baladait seule en forêt, loin de là. Elle avait eu la chance de naître dans un milieu campagnard avec un bois non loin de chez elle, et elle avait prit l’habitude, elle qui était très solitaire, de marcher seule dans ce bois. Elle avait 16 ans maintenant mais cette habitude provenait de son plus jeune âge. Parfois, ses promenades pouvaient durer des heures. Il faut dire que son imagination travaillait activement durant ses excursions nocturnes. Chaque soir, elle se faisait des films dans sa tête, ce qui lui paraissait bien plus plaisant que de passer du temps avec de vraies personnes. Les vrais gens lui paraissaient ennuyeux, souvent stupides et généralement méchants. Les gens qu’elles faisaient apparaître avec son imagination était bien plus intéressants.
Ce soir-là, donc, Alessa se promenait comme à son habitude. Parfois, elle courait. Cela stimulait son imagination. Cette fois, cependant, elle fut interrompue par quelque chose d’inhabituel : sur un arbre, se trouvait une trace de griffure ensanglantée. Il faisait nuit, mais grâce à la lueur de la lune, Alessa distinguait clairement le sang qui coulait des quatre traits qui avaient blessé l’arbre. Elle ne remarqua que quelques secondes plus tard le t-shirt rose ensanglanté, qui devait appartenir à une petite fille, et qui gisait sur le sol, au milieu des feuilles mortes. Alessa n’était pas du genre à paniquer, mais cette découverte singulière l’angoissait. Elle décida donc de rebrousser chemin pour avertir ses parents. Il lui fallait bien une quart d’heure pour rentrer chez elle, calcula-t-elle. En chemin, elle trouva un animal mort (un écureuil ?) qui lui avait échappé à l’allée. Il semblait avoir été coupé en deux et il ne restait plus que le bas de son corps (ventre, pattes arrières, queue). Alessa pressa son pas. Le fait d’avoir une imagination débordante était parfois un avantage, mais, cette fois, c’était plutôt un handicap : des cris de bêtes imaginaires résonnaient dans sa tête. Etait-ce uniquement son imagination ? Elle se le demandait. Son coeur battait de plus en plus fort. Avait-elle vraiment vu cette griffure et  ce cadavre ou l’avait-elle encore rêvé ? Les doutes commençaient à s’installer dans son esprit au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de chez elle. Fort heureusement, elle apercevait déjà sa maison au loin, avec les lumières encore allumées.
C’est alors qu’une vision d’horreur lui apparu. A quelques mètres d’elle, accroché à une branche d’arbre par les pieds, se trouvait le corps d’un homme gisant sans vie, les bras vers le sol, le ventre ouvert. Ses boyaux étaient déposés sur le sol, juste en dessous du corps. Alessa hurla d’abord de surprise, puis de terreur. Elle se mit cette fois-ci à courir vers sa demeure. Elle était maintenant sure que les bruits de craquement et de pas qu’elle entendait étaient bien réels : une imposante bête la suivait. Elle ne la voyait pas, même en se retournant, mais il fallait vraiment être sourd pour ne pas entendre ses bruits de pas. Apparemment, la créature était énorme, peut-être plus grosse qu’un homme.
Enfin, elle sortit du bosquet et atteint finalement sa maison. Là, ses parents l’attendaient pour dîner.
- Tu es toute essouflée…tu as courru ? demanda sa mère.
- Oui, dit Alessa, je crois que mon imagination m’a encore joué des tours…

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Nouvelle – Nuit guadeloupéenne

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Nuit Guadeloupéenne

Le soleil commençait déjà à se coucher pendant qu’Alice songeait à la raison de la couleur bleue du ciel, qui, peu à peu, virait à l’orange, puis devenait de plus en plus obscure. Allongée sous l’ombre rafraichissante de l’un des cocotiers de la plage, elle tentait de regarder le soleil rougissant sans plisser son unique œil valide. Elle finit néanmoins par y renoncer, craignant de perdre le seul organe de la vue dont elle disposait. Alice était en effet une jeune fille bien singulière. Si toute la moitié gauche de son corps était tout ce qu’il y avait de plus ordinaire chez une jeune fille (chaque organe à sa place, chaque os bien soudé), et la rendait même très séduisante si on ne regardait que cette partie-là, on ne pouvait pas en dire autant de l’autre moitié qui rendait la jeune fille unique en son genre. En effet, son orbite droite n’était qu’un orifice vide et sa bouche se prolongeait sur sa joue en une moitié de sourire qui atteignait presque son oreille. Son visage, tout comme le reste de son corps de ce côté-ci, était couvert de cicatrices en forme de virgules, vestiges d’anciennes blessures qu’Alice s’était elle-même infligée quelques années auparavant, pour calmer son chagrin. Autre fait singulier chez Alice : ses doigts de la main droite existait au nombre de trois. Seuls les cheveux de la jeune fille étaient les mêmes quel que fut l’endroit où elle était regardée : de couleur ébène et de texture parfaitement lisse.
Alice qui, durant de longues années, avait été très malheureuse de constater les particularités de son corps et la solitude avec laquelle elle avait dû vivre, n’éprouvait aujourd’hui plus aucun complexe à se montrer en maillot de bain dans une plage guadeloupéenne, que ce fut à Saint-Anne ou à Basse-Terre. Certes, elle préférait toujours l’isolement des plages désertes, et auquel elle avait toujours été habituée, mais il arrivait certains après-midis, comme celui-ci, où elle bronzait sur les regards intrigués, fascinés, ou dégoutés des touristes qui buvait leur Tit’punch sur la plage. Elle qui était une insulaire blanche, connaissait les plages de la Guadeloupe de fond en comble et savait choisir les meilleurs coins pour profiter du soleil ou de l’ombre des cocotiers, pendant que les touristes se disputait les meilleures places sur le sable blanc.
Mais déjà, les baigneurs, voyant le soleil se coucher, finissaient leur rhum et quittaient les lieux et bientôt la plage était aussi déserte que celles qu’Alice était la seule à connaître. La jeune fille, qui trouvait que l’atmosphère commençait à se refroidir, termina une dernière page de son livre « Simetierre », puis décida de rentrer, elle aussi – non pas qu’elle était le genre de fille à suivre aveuglément le groupe ; de toute façon, tout le monde était déjà partie.
Elle ramassa ses affaires et se dirigea à pied vers sa villa qui se trouvait à quelques minutes de cette plage, pendant que le soleil disparaissait à l’horizon. Son double visage arborait, d’un côté, une expression neutre – quoique légèrement fatiguée – et de l’autre, un rictus de mort, du fait de son orbite vide. Ses cicatrices infligées avec un couteau de cuisine donnait une allure zébrée à la moitié de son corps.
Une fois chez elle, elle saisit ses clefs à l’aide des trois doigts de sa main droite – l’autre main étant utilisée pour tenir son sac – et entra. Pour une fille de son gabarit – c’est-à-dire, de faible gabarit – et pour une fille qui vit seule, Alice vivait dans une immense demeure. Tout cet espace lui paraissait néanmoins le minimum nécessaire à son bien-être, et elle l’occupait autant que l’on pouvait occuper un espace en lisant, et lisant dans différentes pièces. La seule activité qu’elle effectuait toujours dans le salon était de jouer du piano, l’objet étant trop lourd pour être déplacé ailleurs.
Comme il n’y avait que dans le noir qu’Alice y voyait clair, elle n’alluma pas la lumière et alla se préparer à manger dans la cuisine, dans l’obscurité. Elle avait pris l’habitude d’agir à l’instinct et connaissait par cœur la configuration de sa cuisine, si bien qu’elle se fit rapidement de quoi manger. Elle dégustait ainsi son souper devant la télévision lorsqu’on frappa à la porte.
Alice, qui était peu habituée à recevoir de la visite, hésita quelques instants avant de se lever pour ouvrir. Elle n’avait jamais eu à se méfier jusqu’à présent, mais cette arrivée surprise à une heure pareille la rendait sceptique. Elle ouvrit néanmoins et se trouva nez-à-nez avec un étrange personnage habillé en costume noir et chemise beige ou brune – Alice avait du mal à la distinguer dans le noir. Le jeune homme devait avoir la vingtaine. Il était brun, plutôt grand, assez séduisant et aux yeux verts étrangement brillants. Son sourire arborait des dents d’une blancheur visible dans l’obscurité, et qui semblait un poil trop pointues pour un être humain. Le détail qui frappa le plus Alice, cependant, était qu’il braquait un petit pistolet sur elle.
Lorsque l’inconnu appuya sur la détente, Alice fut sentit une vive douleur dans son épaule gauche et s’écroula sur le sol. La douleur se rependit dans tout son bras et, rapidement, elle sentit sa conscience la quitter. Elle entendit néanmoins la voix du jeune inconnu s’adresser à elle.
« Je ne comptais pas te tuer, rassure-toi. Nous allons passer la soirée ensembles. »

« C…c…h » telles furent les premières paroles d’Alice lorsqu’elle revint à elle. La première chose qu’elle ressentit fut ses trois uniques doigts dont les ongles touchaient le sol mouillé. Soudain, la douleur se manifesta à nouveau dans son épaule et son intensité était telle qu’Alice suffoqua sur le sol, contre lequel son visage était plaqué. Elle avait l’impression de ne plus sentir son cœur battre, mais ce qu’elle sentait en revanche, c’était la froideur du carrelage recouvert de sang contre sa joue et ses jambes nues. Lorsqu’elle voulut se lever, elle s’aperçu que son corps ne répondait pas à ses volontés de mouvement : il était comme paralysé. Ce fait la fit paniquer et l’amena à ouvrir son unique oeil, tout en frissonnant de froid et de terreur. Elle ne vit d’abord que le carrelage devant elle, puis, avec effort, elle leva la tête pour apercevoir son agresseur, debout, la contemplant avec satisfaction, prêt à lui renvoyer une deuxième balle au cas où elle n’aurait pas comprit. A ses côtés, se trouvait une jeune femme toute aussi séduisante, aux cheveux rouges et lisses, et aux yeux tout aussi verts que ceux de son partenaire. Malgré l’obscurité ambiante, Alice distinguait chaque trait de son visage et notamment l’extrême blancheur de son teint. Elle remarqua également la robe bleue et blanche au style victorien qu’elle portait, et qui donnait l’impression que cette jeune fille sortait tout droit du carnaval.  Elle était aussi grande et fine que son partenaire et leur morphologie se ressemblait tellement que l’on aurait pu croire, à première vue, à des frères et sœurs.  En y regardant de plus près, cependant, on pouvait se rendre compte que leurs faciès étaient bien différents.
- Je maintiens qu’on ne devrait pas la tuer, dit l’homme, c’est assurément une détraquée.
- C’est pas parce qu’elle est défigurée que c’est aussi une détraquée, méfie-toi, répondit la jeune fille aux cheveux rouges. Personnellement, je ne l’imagine pas aussi folle que nous le sommes.
- Elle doit être folle, pourtant, puisqu’elle est défigurée.
- Et alors ?
- Et alors, lorsqu’on est physiquement dans cet état-là, on est forcément très seul, et je ne connais personne qui soit capable de rester sain d’esprit en vivant dans une solitude telle que celle qu’elle a dû vivre.
- Je sais tout ça…mais ça ne prouve rien.
La jeune femme aux cheveux rouges se baissa comme pour s’adresser à Alice qui était toujours étendue sur le sol. Elle prit son visage dans l’une de ses mains et l’examina attentivement.
« Je dois reconnaître que tu as dû en baver, avec cette tronche. » dit-elle avec un léger soupir.
Elle reposa la tête d’Alice là où elle l’avait trouvée – c’est-à-dire contre le sol – et se releva.
« Moi je m’appelle Clarisse, ajouta-t-elle en s’adressant à Alice, et lui c’est Pierre. Tu te demandes surement pourquoi tu as une balle dans l’épaule. »
Alice, qui restait étendue par terre, ne répondit pas. Elle souffrait plus qu’elle n’avait jamais souffert depuis qu’elle s’était mutilée la moitié du corps. Son corps se tortillait tout seul comme pour calmer la douleur – sans résultat.
Pierre poursuivit :
- En fait, nous sommes très connus sur l’île, tu as surement déjà entendue parler de nous. Nous avons l’habitude de venir frapper aux portes des maisons pour tuer leurs occupants.

- Généralement, nous jouons un peu avec eux avant cela.
- Nous sommes venus chez toi avec l’idée de te tuer, ajouta Clarisse, mais je t’avoue que tu nous fais hésiter de plus en plus. Nous n’avons jamais rencontré une personne comme toi auparavant.
Bien sûr, quand je t’ai tiré dessus, je n’avais pas encore remarqué ton…handicap. Il faisait noir, tu comprends…Je ne l’aurais probablement pas fait si j’avais vu que tu étais comme ça. Navré…

Alice – qui n’avait jamais entendu parler de ces deux criminels – était abasourdie par ce qu’elle entendait. Retrouvant peu à peu ses moyens, elle tenta de se mettre à genoux lorsque Clarisse l’aplatie  à nouveau au sol avec son pied.
- Pas si vite, jeune fille, nous n’avons pas encore décidé ce qu’il allait advenir de toi cette nuit. Tu vas peut-être survivre, tu vas peut-être crever comme les autres avec leur existence banale et paresseuse. En attendant qu’on se décide, tiens-toi tranquille.
- Moi, je vote pour l’épargner, intervint Pierre. Elle n’est pas comme les autres, ça se voit. Ce serait injuste de lui réserver…
- Je n’ai pas dit que je voulais lui réserver le même sort que les autres, répondit Clarisse, mais peut-être qu’elle mérite un peu plus qu’une balle dans l’épaule.
Clarisse s’adressa alors à Alice.
- Nous allons essayer de te connaître un peu mieux. Après ça, nous saurons surement quoi faire de toi. Si tu peux parler, nous allons faire un petit test d’association de mots. C’est très simple, tu vas voir…
Alice leva son œil vers son interlocutrice qui s’était baissée et vit ses deux yeux verts posés sur elle, avec une étrange expression qui semblait mêler compassion, désolation, et sadisme.
- Bien sûr, chérie, si tu ne peux pas parler, nous n’aurons aucun moyen de savoir si tu mérites de vivre, alors…
- Allons-y, murmura Alice.
Une expression de satisfaction se peint sur le visage de Clarisse et une langue noire d’une longueur impressionnante, ressemblant à une sorte de ver ou d’animal serpentiforme sorti de sa bouche et parcouru ses lèvres.
- Parents, dit Clarisse.
- Morts, dit Alice.
- Amis, dit Pierre.
- Rêve, dit Alice.
- Nuit, dit Clarisse.
- Vie, dit Alice.
- Monstre, dit Clarisse.
- Famille, dit Alice.
- Sexe, dit Clarisse.
Alice ne répondit rien.
Clarisse semblait plus que satisfaite de ce test, et Pierre s’en voyait ravi. La jeune femme aux cheveux rouges caressa la tête d’Alice et se releva. Les deux assassins s’échangèrent un regard et virent qu’ils pensaient à la même chose. Clarisse sorti alors un petit scalpel de son corset, et le plaça dans la main à trois doigts d’Alice.
- Ma chère, annonça Clarisse avec joie, j’ai le plaisir de dire que nous avons trouvé tes réponses absolument convenables. Tu sais ce que ça veut dire, petite ?
- Ça veut dire que tu vas peut-être nous survivre, reprit Pierre, mais il va d’abord falloir passer une petite épreuve.
- Égalise-nous ça et tu es libre.
Alice comprit instantanément ce qu’avait voulu dire Clarisse, et en fut pétrifiée.
- Vous…non !
- Ou tu peux aussi mourir ici. Je ne suis même pas sûr que ça nécessiterait une balle de plus, dit Clarisse.
Le corps d’Alice tremblait de peur à l’idée de renouveler une expérience aussi horrible que sa précédente mutilation. Anéantir l’unique moitié de son corps à être restée « normale » lui paraissait, qui plus est, totalement absurde. Elle prit de longues minutes pour se préparer à passer à l’acte, durant lesquelles ses deux tortionnaires l’observaient patiemment, sans rien dire.
Finalement, elle se lança en commençant par sa hanche, dans laquelle elle fit une profonde entaille. Le sang jaillit de son corps et la flaque recouvrant le carrelage s’élargit. Malgré la douleur, Alice s’entailla une deuxième fois, puis une troisième, puis une quatrième…et son corps fut bientôt entièrement recouvert de petites virgules sanglantes. La pauvre Alice faisait de son mieux pour ne pas trop hurler, car elle voyait que ses cris énervaient ses tortionnaires et elle n’oubliait pas le pistolet que Pierre tenait toujours bien en main. Au bout d’un temps interminable, les deux partenaires décidèrent que cela suffisait. Pierre prit la parole en premier :
- Eh bien, toutes mes félicitations, ma chère, tu seras la première personne au monde à nous avoir survécus. Que dis-tu de cette nouvelle ?
Alice se contenta de répondre par un gémissement de douleur en se tenant l’épaule.
- Je vois que l’émotion te rend muette, dit Clarisse. En tout cas, sache que nous avons sincèrement appréciée ce petit moment passé avec toi, et que si tu veux qu’on remette ça à l’occasion, tu n’auras qu’à nous faire signe. Nous sommes assez occupés la nuit, car nous avons plein d’amis à qui nous rendons visite, mais le jour, nous sommes entièrement libres pour prendre un ‘Tit punch. Alors, tu nous donneras un coup de fil !
Pendant qu’elle parlait, Pierre avait saisi le téléphone fixe d’Alice et avait composé un numéro.
«  Allô ? Oui ? L’hôpital de Sainte-Anne ? Parfait. Je vous appelle pour vous dire que nous avons tiré sur une malheureuse jeune fille chez elle, ce soir, et que vous feriez mieux de venir vite car elle est en train de se vider de son sang…enfin, pas trop vite non plus, sinon nous n’aurons pas le temps de partir…l’adresse ? 4 Rue du Tilleul je crois…d’accord, aucun problème…ah non, désolé, nous ne pouvons pas rester avec elle en attendant, mais ne vous inquiétez pas, c’est une dure à cuire, elle en a vu d’autres… »
Satisfait, Pierre raccrocha et laissa s’échapper de sa bouche une langue fourchue de serpent, entre ses mâchoires pourvues de dents pointues. Clarisse semblait déjà prête à partir et les deux partenaires se retrouvèrent au niveau de la porte d’entrée de la maison d’Alice. Celle-ci les vit lui dire au revoir en agitant leurs mains, puis s’évanouit à nouveau.

Lorsqu’elle se réveilla, Alice avait l’impression d’avoir dormi des jours durant – et c’était peut-être le cas, se dit-elle. Elle se trouvait, apparemment, dans une chambre d’hôpital, confortablement installée dans un lit et avec un lourd bandage recouvrant toute la partie gauche de son corps.
Alice n’arrivait pas à croire qu’elle était sortie vivante de cette histoire mais, par-dessus tout, elle n’arrivait pas à croire que sa différence avait été son Salut.

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Nouvelle – Tu n’es plus toi-même, chéri !

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Tu n’es plus toi-même, chéri !

Dans un espace blanc comme neige, un corps git.
Sans vie.
Dans une marre de sang.
Un trou béant dans la gorge.
Un autre dans la poitrine.
Dans un espace vide habillé de blanc.
Il se nomme Santiago, mais nous l’appellerons « chéri ».
Il a une femme, bien en vie.
Elle se prénomme Charlie.

Près du corps, une femme entièrement vêtue de rouge s’approche.
Robe rouge, talons rouges.
Rouge à lèvre.
C’est Charlie.
Elle tourne autour du cadavre.
Elle tourne autour de son mari.

« Je t’aime.
Je sais que tu es fâché contre moi, et tu as le droit de ne pas me croire. Pourtant, je t’aime. Tu es peut-être même le seul que j’ai aimé comme ça. J’avais eu quelques flirts avant, mais ça n’a jamais duré très longtemps. Jamais plus de quelques mois. Avec toi, je ne sais pas pourquoi, mais ça a duré.  Tu m’as presque rendue heureuse pendant deux ans.
Deux ans…tu te rends compte ? ça paraît banal, quand on voit tous ces gens qui se marient fondent une famille, mais pour moi ça veut dire beaucoup tu sais…ça veut dire que j’ai compté pour toi pendant deux ans. J’ai été ta femme. On ne s’est jamais marié, mais qu’importe, tu as toujours dit que tu ne croyais pas au mariage, et je n’avais pas besoin que tu me prouves que tu m’aimes. Je le savais. Je le voyais à la façon dont tu me regardais, au temps que tu m’accordais. »
Charlie s’allonge aux côtés du cadavre, sur la flaque de sang.
Elle lui prend la main et colle sa tête sur son épaule.
« Mais ce n’est pas ça le plus important…ce qui est vraiment signifiant pour moi, ce que je n’oublierai jamais…c’est que j’ai réussi à te cacher mon secret pendant ces deux merveilleuses années. J’ai réussi à te cacher ce que j’étais vraiment…alors que nous passions tous les deux le plus clair de notre temps ensembles. N’est-ce pas fabuleux ? Nous étions comme deux doigts de la main, mais tu ne te doutais absolument de rien. »
Charlie sourit et dépose un baiser sur les lèvres bleu du corps.
« Je n’avais jamais réussi à passer autant de temps avec une personne sans qu’elle sache ce que je faisais la nuit…elle finissait toujours par avoir peur de moi, tu sais…et elle me laissait tomber. Tout le monde m’a laissé tomber…mon père, ma mère, mes ex…mais pas toi. Tu étais peut-être plus stupide que la moyenne des gens, ou peut-être simplement que tu ne voulais pas savoir. Peu importe, c’est grâce à ça que j’ai réussi à t’aimer. Et je me répète, mais je t’aimais sincèrement. »
Elle embrasse de nouveau le visage du corps, sur la joue cette fois.
« …Mais depuis quelques temps, tu n’es plus toi-même. Je sais que tu le nies en bloc, mais j’ai bien  vu à partir de quel moment tu as commencé à changer. Tu es différent. Rien que là, je peux le voir : tu ne dis rien depuis tout à l’heure ! Tu ne réponds même pas quand je te parle, et pourtant je suis en train de te vider mon cœur… »
Elle attend une réponse.
Elle n’obtient qu’un silence.
« …J’ai l’impression de parler à un cadavre. En tout cas, au moins, tu ne nies plus l’évidence : tu as changé. Cette peur que je lis dans ton regard chaque fois que je m’approche de toi…elle n’existait pas avant. »
Toujours pas de réponse.
« En fait, j’ai l’impression que je t’effraie depuis un certain temps. C’est le cas ? Je suis sûre que ça l’est. C’est pour ça que l’on s’est disputé tout à l’heure. Chéri, si tu as découvert mon secret, dis-le moi maintenant ! »
Il reste silencieux.
« Cesse de fuir les explications en ne répondant pas et dis-le moi ! Tu ne veux toujours pas me répondre ? Qu’importe, fait comme tu veux…je sais que tu connais mon secret de toute façon. Mais que veux-tu que je te dise ? Tous ces enfants que j’ai découpés…je les aimais aussi ! Ils étaient mes élèves ! J’ai toujours été très heureuse d’aller leur apprendre des choses ! Mais ils n’étaient pas tous sages, tu sais…et ils m’en ont fait bavé…bien plus que tu ne le penses ! Alors, il fallait bien que j’accomplisse mon rôle d’institutrice ! Il fallait que je les punisse, tu comprends ? »
Pas de réponse.
« Il faut bien les corriger un peu de temps en temps. C’est ça aussi, aimer les enfants. On ne peut pas toujours être tendre avec eux, sinon, ils se croient tout permis…dis, tu m’écoutes ? »
Charlie sort un poignard ensanglanté de son décolleté et le plante dans l’œil du cadavre.
« Donc, je disais…Qui aime bien châtie bien ! Je l’adorais, le petit Jimmy, tu sais…c’était l’un des plus sage. Mais la semaine dernière, il a dit un gros mot…et les autres ont rigolé. Tu crois vraiment que j’allais laisser passer ça ? Je vois que tu n’a rien à rétorquer…je vais te laisser méditer sur tout ça et je suis sûr qu’on pourra se réconcilier. Je n’ai pas voulu être méchante avec toi tu sais ? Je me suis laissé un peu emporter tout à l’heure, mais je sais bien que tu n’es plus un enfant, toi. Tu es raisonnable, et j’espère que cette discussion t’a un peu raisonné…C’est très vexant pour moi, ta femme, d’être prises pour une folle. »
Charlie se lève. Sa robe est dégoulinante de sang, si bien qu’elle semble fondre, du fait de sa couleur.
« Voilà, je tenais à ce que tu saches tout ça pour qu’on se comprenne un peu mieux. Ça me fait plaisir que tu m’aies laissé parler et que tu ne cherches pas à tout prix à avoir raison, pour une fois, même si j’aurais préféré que tu me présentes tes excuses, au moins. Je vois que tu aies déjà en train de réfléchir à tout ça, alors je vais te laisser y réfléchir tout seul, et on aura qu’à oublier cette fâcheuse histoire. »
Charlie reprend son poignard et quitte la salle de bain.

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